Daniel Keyes – Les mille et une guerres de Billy Milligan

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Il me faut avant toute chose introduire ce roman comme il se doit. Il a été l’objet d’une véritable fixation de ma part, il est très probable que vous en entendiez parler au détour d’un article de mon blog sans aucun rapport avec. Si je deviens barbante je m’en excuse. Mais ce livre m’a rendue folle et j’exagère à peine ! Par un miracle (ou simplement une nouvelle impression en décembre 2016) je l’ai enfin trouvé et surtout obtenu. J’avais tellement mis toutes mes chances de mon côtés que je l’ai reçu en double puisque j’avais passé commande sur plusieurs sites de peur d’avoir une annulation de dernière minute.. (petit clin d’œil sans amertume à notre ami Gibert).Vous comprendrez donc que je plaçais d’énormes attentes dans cette seconde oeuvre sur la vie du fameux Billy Milligan, l’homme aux 23 personnalités distinctes. Et bien, je n’ai pas été déçue une seule seconde.

L’histoire : Ceci n’est en soit qu’un rappel puisque l’histoire débute dans Les mille et une vies de Billy Milligan. Il s’agit du premier homme de l’histoire américaine à avoir été reconnu irresponsable des trois viols commis du fait d’une maladie mentale caractérisée par le symptôme de personnalités multiples. Autant vous prévenir de suite, cette irresponsabilité ne fait pas de Milligan un homme libre, au contraire. La prison aurait peut-être même était préférable au vu de ce qu’on lui a fait subir. Ce second tome de l’auteur Keyes débute avec la déportation de Billy à l’hôpital d’Etat tant redouté de Lima. L’histoire encore plus sombre continue. Mais aussi effroyable soit-elle, cette histoire n’en est pas une et je peux vous assurer qu’il apparaît parfois difficile de garder cette idée en tête pour de nombreuses raisons. L’écriture de l’auteur y est pour beaucoup, elle romance toujours de façon détachée la vie de Billy. Ce détachement est précieux à mon sens, car il évite de forcer la compassion du lecteur (qui est toutefois obligatoire à moins d’être totalement dénué de sentiments). Les passages de rapports médicaux, d’articles de quotidiens ou encore les pages du journal intime de Mary n’enlèvent rien à la forme de roman, il suffit de voir comment cela se pratique par de nombreux romanciers de nos jours tels que Guillaume Musso. Ensuite, Daniel Keyes parle de lui à la troisième personne, comme si nous n’avions pas une oeuvre biographique entre les mains mais que nous étions les véritables spectateurs de la vie de Billy.

Mon avis : Je comptais soulever les points positifs et négatifs du livre, mais autant vous dire que le déséquilibre aurait rendu l’entreprise ridicule !  Donc je vais évacuer LE point négatif, qui en vérité n’en est pas un mais je veux essayer de sauver les apparences et de faire passer mon avis comme objectif haha ! Je plaisante, pour moi, ce livre n’a rien à se reprocher. Il a achevé de catapulter Daniel Keyes au rang d’auteur préféré. Ce qui m’a un peu rendue perplexe dans ma lecture, ce sont les passages retraçant de purs points de vues de protagonistes extérieurs, autres que Billy et ses personnages donc. Quand on suit Billy, on découvre avec lui l’atrocité vécue en prison, mais sa force et sa détermination ressortent bien plus à chaque fois. Pourtant, nombre de fois Mary affirme après ses visites qu’elle trouve Billy très angoissé et dépressif, il en est de même pour les thérapeutes ou son avocat. Mais même là, ce paradoxe a sa place dans l’histoire. Le lecteur vit les aventures de Billy, avec ses hauts et ses bas. Mais Mary dans son journal n’a pas a adopter une rédaction détachée comme l’auteur, au contraire. Elle parle avec son coeur et énonce la triste vérité sur les conditions de vie de Milligan qui l’épuisent.

Pour le reste, pour la totalité restante, j’ai adoré ce livre. Il nous fait traverser tellement d’émotions. Je ne saurais pas le dire autrement, cette oeuvre est une pépite littéraire. J’ai un profond respect pour l’Homme qu’a été William Stanley Milligan. Et tous ceux qui n’ont jamais cesser de croire en lui…

Ce que j’ai aimé relever : J’ignore si cette rubrique est pertinente et peut-être même n’intéressera-t-elle personne, mais j’ai acquis un sale réflexe de tout posti-iter pendant mes études du coup je veux partager certains passages marquants. Bien évidement je ne fais pas de spoil, je suis pas adepte de la cruauté gratuite. Cela dit, je ne peux pas parier sur le fait que cela ne vous dérangera pas de découvrir ces anecdotes avant d’avoir lu le livre. Ainsi, je conseillerai simplement ceux ayant pour projet très proche de livre ce bouquin, de ne pas lire ce qui suit, quitte à revenir une fois la lecture terminée, voir si les mêmes choses nous ont marqués !

Tout d’abord, il me faut préciser que le milieu carcéral m’intéresse de près, et que le livre se raccroche très souvent de ce fait à des éléments de droit que je retrace et sur lesquels je m’arrête à travers mes yeux de juriste (ça fait prétentieux mais ce n’est absolument pas mon intention). La prison a beau être un lieu de « punition », elle est avant tout un placement à l’isolement de la société de l’individu avec pour objectif final de le réintégrer à cette même société dont il a violé les intérêts. Et ça, Billy l’avait cerné sans problème. C’est quelqu’un d’extrêmement intelligent, bien souvent le porte parole des ses co-détenus. Celui qui réclamait au personnel du bois, du matériel de peinture, de quoi redonner un certain goût aux choses du quotidien. Bien évidemment il n’aurait même pas dû avoir à le réclamer puisque ça devrait déjà leur être proposé.. Mais si ces établissements dits fermés sont critiquables sans limites, il ne faut pas oublié le rôle de la justice. Ha la justice indépendante et impartiale que l’on vous apprend sur les bancs de votre jolie fac de droit.. Pfff laisse moi rire. Plus influençable que ça, tu meurs. Les médias et les politiques ont fait de Milligan leur bouc émissaire et surtout leur tremplin pour faire les gros titres. La justice a cédé aux pressions. C’est à se demander même si ils ont fait le moindre effort pour y résister. Alors oui, on a parfois pu voir des décisions qui aboutissaient à la violation pure et simple des droits constitutionnels de Billy par l’Etat. Mais comme on dit, un pas en avant, deux en arrière : on annulait pas l’acte étatique. La justice ne se mouille tout simplement pas, et c’est écoeurant. J’ai de suite fait le rapprochement avec les médecins spécialisés en psychiatrie qui ne veulent plus se prononcer sur l’évolution d’un détenu quant à une éventuelle libération anticipée, de peur de salir leur réputation. Philippe Laflaquière juge d’application des peines en France l’affirme mieux que moi. Heureusement, des personnes qui ne connaissent pas personnellement Billy acceptent de lui laisser le bénéfice du doute, de le considérer comme un être humain tout simplement. J’ai été notamment touchée lorsqu’un petit réalisateur de documentaire affirmait aux journaux que « je vais les couper [les scènes contestée par les procureurs], mais je mettrai un bout de film noir à la place, pour que le public sache que nous avons été censuré. »

Je finirai en vous parlant de Billy et ses 23 Habitants. Un homme incompris de la société et surtout, le malheureux pion d’un jeu auquel il n’avait pas demandé à faire partie : l’échiquier des politiques. Un homme qui s’est toujours battu pour sa liberté mais pour plus encore. Cette générosité est à vous fendre le coeur, vraiment. Il n’a jamais hésité à se mettre en danger pour les autres détenus/patients. Tout ce qu’il a entrepris pour dénoncer Lima, pour en être libéré, il l’a toujours fait de manière réfléchie afin d’obtenir la fermeture définitive du site. Pour que jamais plus personne ne subisse de tels traitements. L’évasion n’a jamais été son objectif premier. Il manipule le personnel mais laissons lui au moins ça, ce n’est pas cher payé pour tout ce qu’il endure. Grâce à toutes ses personnalités, lesquelles sont toutes plus ou moins spécialistes dans un domaine, il parvient à faire de grandes choses sous la supervision de la personnalité ultime, le Professeur. Ragen n’est que très peu présent bien qu’il soit le gardien quand Billy se retrouve dans des institutions fermées. Il régresse dans son anglais et j’ai eu un pincement au coeur quand il affirme avoir honte de se montrer pour cette raison. Les Habitants forment davantage que le tout, l’auteur le rappelle à plusieurs reprises. Mais Billy n’a jamais oublié ses personnages, et nous non plus.


• Ma note : 20/20 •

(Aurait-il vraiment pu en être autrement ?)

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