Martin Winckler – Le choeur des femmes

16145039_10210405433765498_1901000041_o

Ce petit Folio m’a été prêté par une très bonne amie de ma fac, spécialisée en Droit de la santé. Leurs profs leur conseillent de nombreux ouvrages, comme dans mon Master également, à la différence qu’en Santé, on n’a pas que PrécisDalloz ou LGDJ comme noms à la bouche (éditeurs de manuels juridiques). Et je trouve ça tellement plus enrichissant. C’est pourquoi j’ai vivement accepté (à moins que ce ne soit moi qui le lui ai sollicité ?) ce bouquin dont elle m’a fait l’éloge. A mon tour maintenant de vous le présenter avec pas moins d’enthousiasme.

L’histoire : La médecine n’est pas un sujet qui me passionne outre mesure (je n’ai jamais suivi Grey’s Anatomy ni Dr House, dingue non ?), mais je dois admettre que ce livre m’a touchée. Jean Atwood, une jeune interne qui n’a pas froid aux yeux, rêve de devenir chirurgienne en gynécologie réparatrice. Et elle semble tout à fait capable d’y arriver au regard de son parcours. Seulement, elle se voit contrainte de passer par un service de gynécologie « simple », c’est à dire le gynécologue que l’on est toute sensée retrouver une fois l’an. Mais la vie des bonnes femmes comme elle dit ne l’intéresse pas du tout et le docteur Karma encore moins avec ses pratiques totalement en désaccord avec ce qu’on lui apprend à la fac. Il lui donne une semaine pour changer d’avis, et c’est sur cette semaine précisément que l’on va suivre Jean et ses impressions, mais pas que.

Mon avis : Je pense que je ne suis pas la seule à avoir débuté ce livre en me disant au fur et à mesure de ma lecture : MAIS C’EST QUOI CETTE NANA ?? Sans blague, non seulement elle est crue à la limite du vulgaire, mais en plus elle ne se prend vraiment pas pour de la.. Bref, elle est hautaine. Comme si elle valait bien mieux que toutes les femmes de ce monde, qu’elle catalogue comme des gourdes, ni plus ni moins. Je me suis dit que cette cocotte n’allait pas me plaire. Mais cela n’enlevait en rien mon envie de découvrir ce roman. Et puis, plus on avance, et plus on oublie Jean. Toute notre curiosité se tourne vers le Docteur Karma et sur tout ce qu’il pourrait nous apprendre à travers son enseignement à Jean. Ce bouquin regorge de choses hyper intéressantes sur la médecine gynécologique, sur la considération des femmes par certains praticiens. Passionnant, c’est le mot. L’auteur est médecin, tout le cœur du roman et son but, à mon sens, résident en cet apprentissage qu’il nous propose. Il nous pousse vers la réflexion autant que le Docteur Karma y pousse Jean. Sur des questions qui nous concernent tous et toutes, comme l’IVG, forcément, mais d’autres sujets auxquels on ne pense pas. Bien sûr, comme tout le monde, j’ai mes idées et mes opinions mais je refuse de me fermer à un possible avis contraire abordé dans le récit. Karma se décrit comme soignant, et cela en dit long sur la relation qu’il choisit d’avoir avec ses patientes. Vers la fin, l’histoire se concentre sur la vie de Jean en particulier, et je dois avouer qu’aussi prenant que cette intrigue soit, j’avais l’impression d’avoir déjà achevé le livre avant de découvrir le fin mot sur le mystère qui l’entoure. Comprenez par là que, grâce à tout ce que j’ai appris sur la médecine de la femme, ce bouquin m’a tant satisfait, que l’histoire de Jean avait perdu toute son importance à mes yeux. Pourtant, au regard du personnage, dès le début, t’es obligé de te dire : elle elle a au moins eu un souci dans sa vie. Bien sûr, j’ai lu la fin, l’inverse n’aurait eu aucun sens. Mais je n’ai rien à dire sur cette fin, si je l’estime tirée par le cheveux, justifiée ou autre.

Par contre, je ne ferai pas l’impasse sur les quelques petites choses qui ne m’ont pas emballée (il y en a très peu cela dit). J’ai fait un blocage sur la façon dont l’auteur faisait s’exprimer certaines des patientes. L’idée d’inclure quelques uns de leur témoignages est bien vue, mais pourquoi leur donner une élocution si.. stupide ? Les phrases à rallonge ponctuées d’une bonne demi-douzaine de « et », ça n’est pas ce qu’il y a de plus gratifiant pour elles. Lorsque c’est depuis l’esprit de Jean qu’on entend leurs histoires, je veux bien, ça donne un côté de mépris que nous communique justement la narratrice. Mais autrement, pour les véritables témoignages où elles s’expriment dans un chapitre dédié, ça m’a un peu laissée perplexe.

Ce que j’ai aimé relever : Connaissez-vous Paye ta Shnek ? Des femmes de tout âge y témoignent les remarques sexistes plus ou moins grotesques auxquelles elles ont malheureusement droit. C’est un phénomène qui existe partout, si bien que des « Paye Ta Robe » et autres se développent pour des témoignages au sein d’une profession (en l’occurrence, celle que je viens de citer concerne le milieu des avocats). Je n’ai été qu’à demi étonnée en découvrant que le milieu gynécologique voire médical en général, est à dominante masculine et bien sûr pas mal machiste. Comme quoi, les diplômes, ça rend pas moins co(n)prolithe (je vous laisse chercher la définition, j’ai fait le choix de rester polie).

Quelques citations :

◊ Major ou majorette ou pas, tout ce que vous avez appris par cœur pour passer vos examens est daté, partial, insuffisant ou faux. Et souvent les quatre à la fois. Dans les  foutues facultés françaises, on déforme les médecins au point qu’ils s’imaginent, une fois leur diplôme en poche, qu’ils savent tout et n’ont plus rien à apprendre.
◊ Et puis, il n’y a pas que l’avortement. Ca, c’est la partie visible de l’iceberg, le sommet apparent du malheur dans la vie des femmes. Mais il y a tout le reste.
◊ Soigner, ce n’est pas une relation de pouvoir.
◊ On ne peut pas soigner les hommes et les femmes en partant du principe qu’ils mentent !
◊ Quatre patientes en six mois. Quand ça arrive une fois, c’est peut-être une erreur. Quand ça se répète, c’est un crime.
◊ Là-bas, pouvoir donner son enfant à quelqu’un qui pourra le nourrir et l’élever et l’éduquer, je suis sûre que pour certaines femmes c’est une bénédiction. Mais ici, donner un enfant dont on ne veut pas à un couple qui ne demande que ça, la plupart des femmes voient ça comme un abandon, comme une mauvaise action.
◊ Je conchie la confraternité ! Mes obligations éthiques vont d’abord aux patientes, ensuite aux autres médecins. Et s’il faut prendre position, je préfère me tromper avec une patiente plutôt que d’avoir raison contre elle !

• Ma note : 16/20 •

2 commentaires Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s