Karine Giébel – Meurtres pour rédemption

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A-t-on idée d’écrire des oeuvres aussi bouleversantes ? Je ne m’en remettrai jamais. J’écris cet article à chaud, quelques secondes après avoir tourné la dernière page. 988 pages qui se résument en une douche frigorifique.

« Retour à la cage départ »

L’histoire : C’est celle de Marianne de Gréville, la vingtaine et condamnée à perpétuité pour la commission de plusieurs homicides. On y découvre les lois du milieu pénitentiaire, la barbarie mais la solidarité aussi, au détour d’une cellule. Celle à laquelle on ne s’attendait pas. Et même l’amour, et les promesses de liberté. L’histoire, nous n’avons pas à la chercher bien loin : elle se déroule en France, dans des villes dont les noms sont réduits à une simple initiale. Plus vraie que nature, et c’est bien là que c’est douloureux : une atroce réalité qui existe peut-être bien, loin de nos trains de vie quotidiens.

Mon avis : Je n’arrive pas à dire que j’ai adoré ce roman, j’aurais l’impression de passer pour une cinglée sanguinaire. Pourtant, ce livre est incroyable et m’a fait ressentir des milliers d’émotions (avec un penchant net pour l’écœurement face au système dépeint). Arrivée à la moitié, je me suis rendue compte à quel point cette histoire me rongeait, me révoltait aussi vite qu’il avortait chacune de mes envie de changer le monde. Comme si j’en étais capable.

L’auteur s’est attachée à nous plonger dans l’univers carcéral bien longtemps après que Marianne ait entrevu l’idée d’une cavale vers la liberté. Cette partie là du roman m’a touchée plus particulièrement puisque c’est pour cette raison là même que je l’ai choisi à la médiathèque. Le reste de l’intrigue gagne en suspens et en action, et vos mains se crisperont de plus en plus au fur et à mesure des pages tournées (faut se retenir pour ne pas arracher les dernières).

« Dans les rêves d’un avenir qu’elle n’avait plus, dans les affres d’un passé qu’elle avait perdu »

Ce que j’ai aimé relever : Alors oui, j’ai aimé relever, mais je n’ai pas du tout aimé ce que j’ai relevé (vous me suivez ?). La façon dont des enquêteurs poussent aux aveux, on en parle ? En fait, faut juste qu’ils ramènent un coupable à leur hiérarchie, que ce soit le véritable ou un simple innocent, il ne s’agit là que de formalités. Il s’agit d’un roman, j’ignore comment se déroule un interrogatoire, mais ça, ça n’est pas ce que j’appelle rendre la justice.

Marianne, on l’aime et on la déteste. Puis on finit juste par essayer de la comprendre. Mais quelque chose que je refuse de ne serait-ce que tenter de comprendre, c’est de juger, au sein même d’une prison, qu’un meurtre peut valoir mieux qu’un autre. Un infanticide, c’est horrible. Est-ce que pour autant, tuer un vieil homme en perd de sa gravité ? Je ne parle pas au niveau des sanctions pénales, bien heureusement qu’il existe certaines distinction dans les peines selon les « modalités » d’un meurtre. Mais au sein même de la prison, cette hiérarchisation des crimes telle que dépeinte dans Longues peines n’a pas lieu d’être.

Quand on nous conte le jour de l’arrivée de Marianne en prison, on perçoit que c’est une fille qui ne s’est jamais laissée faire face aux autres ou à l’autorité. Mais surtout, on comprend que quelque chose s’est brisé en elle depuis, et ce quelque chose, c’est l’espoir. En arrivant, elle pensait à sa libération. Des années plus tard, elle pense à ses deux options : s’évader, ou se foutre en l’air.

L’auteur inclut des passages où Marianne est narrateur au milieu de paragraphe où l’histoire nous est racontée de l’extérieur. Souvent, elle vient se poser une même question, répétitive de chapitre en chapitre. Une belle traduction du sentiment d’ennui et d’introspection quotidienne durant ces longues journées derrière les barreaux.

Quelques citations :

◊ Tu perds rien pour attendre. Je vais m’aiguiser les dents contre les barreaux ! Quand tu reviens je te la taille en silex.
◊ _ Toi au moins t’as pas de barreaux à ta fenêtre ! _ Si. J’habite au rez-de-chaussée…
◊ Désolé de briser tes rêves de justice.
◊ Liberté d’aller et venir, celle que les gens ne remarquent même plus tant ils en sont repus.
◊ Protégé par sa cagoule et, d’une certaine façon, par la loi qui avait enfanté son unité de choc, il pouvait exprimer sans retenue ses talents de docteur ès torture, corporelle ou psychologique.
◊ Foutre une raclée à un détenu n’avait jamais conduit aucun surveillant devant le juge.

 


•Ma note : 19/20•

17 commentaires Ajouter un commentaire

  1. melbouquine dit :

    Il est dans ma bibliothèque depuis une éternité celui-là ! Ton avis me donne envie de le lire enfin 🙂

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    1. Ravie de t’avoir convaincue, ca a été une superbe découverte pour moi, même si le début me laissait un peu perplexe (l’histoire d’a peine 50 pages, sur presque 1000, ca passe haha!)

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      1. melbouquine dit :

        Ah oui 50/1000 ce n’est pas énorme 🙂
        Je suis déjà en train de lire un thriller (de Franck Thilliez en l’occurence) donc je ne vais pas m’y attaquer de suite mais très bientôt !

        Aimé par 1 personne

      2. Ha oui, un thriller a la fois ca suffit bien ! Très bonne lecture alors, je n’ai jamais lu de Franck Thilliez mais j’ai pu découvrir beaucoup d’avis et que des bons 😊

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      3. melbouquine dit :

        J’ai englouti tous ceux que j’ai lu de lui pour le moment ! Chaque roman est un coup de maître pour moi ! Merci beaucoup 🙂

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  2. Smiling dit :

    Rhaaaa j’ai ce livre dans ma PAL depuis bien trop de temps mais l’épaisseur me freine pourtant je sens que ça se bouffe ! jolie chronique je pense le tenter cet été ! Je l’avais trouvé à emmaüs en plus pour quelques euros 🙂

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    1. Je suis d’accord avec toi, c’est un joli pavé haha ! Tu as fait une affaire alors, je parie que c’est un achat que tu ne regretteras pas. Je l’avais emprunté à la bibliothèque pour ma part, donc je me suis mise la pression pour le terminer en temps voulu, et passer les même pas 100 premières pages, je l’ai tout simplement dévoré. Ca me fait trop plaisir que ma chronique t’ait plu en tous cas, merci !!

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      1. Smiling dit :

        Oui elle m’a beaucoup plu et elle m’a surtout motivé à le sortir plus tôt ! Jaime beaucoup ce genre de sujet je pense que je pourrais el dévorer aussi si je suis prise dans l’histoire 🙂

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      2. Je raffole de ces sujets, touchant à l’univers carcéral surtout, et les thrillers en général. Ravie de savoir que c’est ton cas aussi, je vais pouvoir m’inspirer de tes lectures maintenant que je viens de m’abonner 😀

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      3. Smiling dit :

        Merci beaucoup 😘 j’aime beaucoup aussi l’univers carcéral pour le coup c’est toujours intéressant !

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  3. Casscrouton dit :

    Je n’ai toujours pas lu de livres de Karin Giebel (et ça m’énerve d’ailleurs!). J’ai emprunté Satan était un ange que je n’ai toujours pas commencé mais du coup j’ai encore plus envie de lire celui-ci parce qu’il a l’air de t’avoir vraiment marqué et c’est ce que je recherche ! Je vais essayer de me le procurer rapidement !

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    1. En effet, c’est un livre qui m’a bouleversée, chose qui ne m’était pas arrivée depuis un bon moment. Je n’ai pas lu d’autres romans de cette auteurs, mais j’ai bien l’impression qu’elle est du genre à faire des romans marquants 😉 En tous cas, fonce pour celui-ci !

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