Philippe Claudel – Le bruit des trousseaux

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Avec un titre pareil, j’ai été forcée de l’acheter celui-là.

 

La quatrième de couverture : Le regard des gens qui apprenaient que j’allais en prison. Surprise, étonnement, compassion. « Vous êtes bien courageux d’aller là-bas !  »
Il n’y avait rien à répondre à cela. Le regard me désignait comme quelqu’un d’étrange, et presque, oui, presque, quelqu’un d’étranger. J’étais celui qui chaque semaine allait dans un autre monde. Je pensais alors au regard qui se pose sur celui qui dit : « Je sors de prison. » Si moi, déjà, j’étais l’étranger, lui, qui était-il pour eux ?

 

« Moi-même, que suis-je venu faire en prison pendant si longtemps, sinon acheter à crédit ma part de sommeil du juste ? »

 

Mon avis : Il s’agit de mon premier Philippe Claudel. Alors qu’on m’a vivement conseillé à plusieurs reprises de commencer avec un roman (La petite fille de Monsieur Linh a fait l’unanimité), je n’en ai fait qu’à ma tête. Pour ma défense, je suis quelqu’un de très obstinée. Je suis pas sûre que cet argument en soit véritablement un. Toutefois, j’ajouterai que je n’avais pas envie de lire cet auteur pour le découvrir. J’avais envie de lire un bouquin dont le titre m’attirait sans aucun doute. Et, paradoxalement, je crois que c’est en lisant ce livre-là qu’on peut prétendre à connaître le plus Philippe Claudel (la personne, pas la plume).

Je ne m’attendais pas à un regroupement de très courtes anecdotes sans véritable lien les unes avec les autres. Le résumé proposé par l’éditeur n’est d’ailleurs rien d’autre qu’une de ces anecdotes. Je l’avoue, cette optique de lecture a quelque peu freiné ma joie. Je ne voyais pas l’intérêt de relater tous ces faits, sans la moindre traces des émotions qu’ils inspirent au professeur Claudel. Pourtant, à y réfléchir deux minutes (et en lisant les derniers paragraphes), on comprend mieux ses intentions. La prison est ce qu’elle est, et l’auteur ne peut que nous livrer ce qu’il nomme lui-même « un faux témoignage ». Pardonnez-moi le stéréotype de ma conclusion, mais : on ne peut connaître la prison que si on y a vécu (ce qui n’est pas mon cas, donc oui, c’est un peu péteux de ma part d’affirmer une telle chose).

Malgré la successivité des passages, les situations ont réussi à me tirer des pointes d’émotion, et même un petit rire, parfois sarcastique, parfois sincère, parfois même désolé. En à peine une centaine de pages, les détenus sauront vous surprendre.

Je peux tout à fait comprendre que certains lecteurs aient pu trouver peu d’intérêt à Le bruit des trousseaux. Ca n’est pas mon cas, mais moi, je ne suis pas une lectrice franchement objective sur le sujet, vous l’auriez compris.

 

« La prison est le lieu d’innombrables lois non écrites, jamais discutées, mais toujours appliquées »

 

Ce que j’ai aimé relever : C’est un mince roman. Je ne l’ai ouvert qu’une fois arrivée chez moi. Je n’en revenais pas à quel point c’était écrit gros. Je me suis sentie un peu arnaquée sur le moment, c’est clair. Et pourtant j’ai réussi à y fourrer 16 post-it, dingue non ? Bon c’est aussi un peu parce que le sujet de mon mémoire de Master 2 s’y prête pas mal.

Certains passages étaient tournés de sorte à me faire penser aux couplets de la chanson Juste une mise au point de Jackie Quartz. Ouais, j’ai des références musicales affolantes.

Le petit mot en fin de quelques anecdotes. Un mot qui résume le regard de l’auteur, aussi neutrement que possible. Un mot, un seul, mais auquel on pouvait donner tant de sens.

 

Quelques citations :

◊ Je ne me suis jamais senti en danger en prison, comme je peux parfois avoir l’impression de l’être dans la rue, dans le métro, face à des chiens énormes aux têtes hideuses, ou encore à leurs maîtres.
◊ Le mot cellule : la plus petite unité du vivant. L’espace de l’enfermement.
◊ C’est aussi cela la prison : l’obligation de ne côtoyer qu’un seul sexe, le sien. Vivre dans une humanité amputée à demi.

 


•Ma note : 14/20•

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