Vanessa Ronan – Rédemption

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Première lecture de 2018, très bonne entrée en matière ! Bien plus que mon avancement au Challenge littéraire dans lequel j’ai voulu me lancer… Herm.

 

La quatrième de couvertureAprès dix ans derrière les barreaux, Jasper Curtis retrouve la liberté. Il s’installe chez sa soeur Lizzie, qui vit seule avec ses deux filles. Mais une autre prison l’attend : celle des préjugés, de la violence sourde des commérages. Dans ce coin reculé du Texas, personne n’a oublié le crime qu’il a commis. La presse le qualifie de  » monstre  » et toute la communauté le voit comme l’homme à abattre.
Jasper fascine autant qu’il effraie. Qu’a-t-il fait ? Et pourquoi sa présence impose-t-elle ainsi le silence ou la haine ? Seule Joanne, sa plus jeune nièce, le traite avec douceur. Dans ce roman lyrique et ténébreux, Vanessa Ronan nous plonge dans l’Amérique profonde, interrogeant notre conscience : les hommes ont-ils droit au pardon ?

 

« Il sait que ce n’est pas la violence qui les empêchera de chuchoter. Pas cette fois. Plus jamais. Pas dans cette prison d’hommes libres qu’on appelle la vie »

 

Mon avis : L’énigmatique Jasper Curtis a-t-il droit un avenir plus radieux ? Honnêtement, j’ai pu en arriver à me poser moi-même la question. Ce qui est très étonnant, car je suis plutôt du genre « avocat du diable » même si je n’ai rien d’une avocate. Bref, ne nous dispersons pas : Jasper m’a fait douter. Un homme qui ne regrette pas les atrocités commises et l’ayant conduit à ses 10 années derrières les barreaux de la prison mérite-t-il la bénédiction de la société qui l’accueille de nouveau ? Comme dirait mon directeur de master : ça interroge. Et voilà donc le fil rouge de ce roman, comme annoncé simplement en quatrième de couverture. Quelle question compliquée, vraiment. Mais soyons d’accord : les événements que vit Jasper avec les habitants m’ont révoltée sans hésitation, il lui est arrivé d’affreuses choses, et les salauds qui lui ont fait ça ne valent pas mieux que le crime qu’il avait pu commettre dans le passé. Ils sont peut-être même pire, je n’entrerai pas dans le détail (ni le spoil).

Ce que je recherche le plus dans ce genre de roman, ce sont ces personnages, ni blanc ou noir. Ceux qui se déclinent en une multitude de nuances de.. gris (le premier qui me sort Mr Grey sera maudit lui et jusqu’à sa 7ème descendance. Vous êtes prévenus). Et chacun des personnages principaux du roman répondent à cette exigence que j’ai. J’en veux à Jasper de n’éprouver aucun remords vis-à-vis de son acte criminel; et je fonds devant l’homme protecteur et peu expérimenté qu’il est avec sa petite nièce Joanne. J’en veux à Lizzie, la soeur de Jasper, de cette distance qu’elle instaure, comme si son frère n’était rien de plus qu’une obligation, un boulet pour elle; et je l’admire pour la façon qu’elle a de le défendre face à tous ceux qui le jugent. J’en veux à Katie pour tout le tort qu’elle cause à son oncle Jasper; et je.. ha non, elle je la déteste sans réserve par contre. Hahaha je suis affreuse.

Je ne sais pas trop où placer ça, alors je le pose ici : il me faut vous parler du système de narration choisi par l’auteur. Qui n’a rien de révolutionnaire dans son originalité ! Mais que j’ai quand même trouvé remarquable. Au début, j’ai été très sceptique en découvrant que le roman n’avait pas de chapitre, mais était juste découpé en 2 parties : une de 405 pages, l’autres de 3. J’aime les chapitres autant que les bâtons de ski. Il ne me sont pas essentiels, mais il me rassurent et me guident (BEST comparaison ever, je sais). Mais en lisant, j’ai compris que les chapitres étaient inutiles, puisque chaque saut de ligne marqué pouvait servir de passage à un chapitre suivant. On change de vision, sans jamais quitter notre narrateur omniprésent. On devine d’après les yeux de qui la scène se déroule. Lizzie devient « Maman » quand on devient nous-mêmes Joanne. Joanne est « Oeil de biche » quand on est dans la peau de Jasper. Une transition délicate, sans rupture. J’ai complètement adhéré.

Il commence à se passer quelque chose de bizarre. Pour ceux qui ne le sauraient peut-être pas encore, je fais une certaine fixette sur les romans mettant en avant des prisonniers ou ex-détenus. Je suis tout à fait consciente que ce genre de lecture est bien souvent dramatique. Le happy end est rarement au rendez-vous, quand vous avez affaire avec des personnages à tel point brisés. Et c’est en toute connaissance de cause que je continue de m’acheter de tels romans. Suis-je sadique à vouloir découvrir le tragique avenir de ces personnes ? Ou alors seulement masochiste, à savoir que je vais forcément être anéantie à la fin de ma lecture, mais m’y jeter malgré tout corps et âme ? Avec Rédemption, j’ai eu peur de finir par être insensibilisée au dénouement tragique. Heureusement pour moi, le volume de larme lâché malgré moi m’a bien vite prouvé le contraire. Cependant je me suis rendue compte de quelque chose d’autre, quelque chose qui a son importance : ce n’est plus parce qu’un livre me fend le coeur désormais, que c’est un roman que je classerais comme « UPPERCUT ». J’ai adoré ce livre, vraiment, il est bourré de choses qui ont un écho en moi. Mais tous les livres ne peuvent être de ceux qui me feront vibrer jusqu’à la fin de ma vie de lectrice. Je vous le conseille, vraiment, pour tout ce que j’ai pu dire plus haut, et pour tout ce que je n’ai peut-être pas encore décelé dans ma lecture.

 

« Ils avaient tous parié contre lui. Ils étaient convaincus qu’il échouerait et qu’il repartirait sous les verrous. Il aurait voulu leur prouver qu’ils se trompaient. Rien de plus. C’est son seul regret »

 

Ce que j’ai aimé relever : La justice douteuse, les directeurs de prisons et matons pourris jusqu’à la moelle : c’est vu et revu, et on aime ça. Par contre, l’agent de probation qui n’a pas une once d’humanité, ça m’a fait drôle. C’est une profession qui m’inspire, et là, ça m’a franchement fait bizarre.

Ne croyez pas ce livre : les criquets ne mordent pas. J’ai vérifié (sur internet, pas par expérience).

Bien souvent, dans les romans abordant des détenus actuels ou anciens, on touche à la religion à un moment ou un autre. Pas dans sous son plus beau jour si vous voulez mon avis (et j’estime que vous ne pouvez que le vouloir puisqu’après tout, c’est sur mon blog que vous vous trouvez). J’ai un rapport qui m’est assez… propre avec ce concept, et chaque lecture me conforte dans l’idée que j’en ai. A chaque fois, l’instrumentalisation qu’en font les hommes m’horripile bien plus que la religion elle-même.

 

Quelques citations :

◊ Il n’avait pas souri depuis très longtemps et les muscles de son visage manquent encore d’entraînement, si bien qu’il a parfois l’impression qu’ils se tordent en sens inverse.
◊ Elle n’avait pas eu besoin de lumière pour voir qu’il n’était pas là
◊ Mais en prison on n’a pas d’ami. Pas vraiment. Des frères, peut-être, des liens de sang, forgés par la force des choses, d’une certaine façon, mais pas d’ami.
◊ Un sourire fatigué et forcé auquel même ses propres lèvres ne croient pas.
◊ Elle avait eu l’impression qu’en lui permettant de garder sa mère allongée dans son cercueil un peu plus longtemps, Dieu s’était moqué de ses prières en lui montrant l’absurdité de demander un jour de plus avec une morte.
◊ Elle imagine la terre craquelée et déchirée, la pluie qui soigne ses plaies.
◊ M’sieur, vous êtes mon agent de probation ou mon prochain juge ?

 


•Ma note : 17/20•

5 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Sarrousse dit :

    Je suis folle, ta critique est tellement bien qu’elle me donne envie de le relire !

    Aimé par 1 personne

    1. Oh ca me fait tellement plaisir !! Cest très bien d’être folle !! 😁

      J'aime

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