Robert Badinter – L’exécution

 

 

Je ne m’attendais pas à tomber sur un roman dans les rayons de droit de l’exécution de la peine de ma bibliothèque universitaire. Je ne m’attendais pas à ce roman, dans ma vie de lectrice en fait.

 

La quatrième de couverture«Un grand roman classique, une histoire de haine, de sang, de mort et d’amour. Oui, d’amour. Unité de temps, de lieu, trois personnages : l’auteur, son vieux maître, la victime – oui, la victime – et puis la foule, avec quelques silhouettes bien plantées au premier rang. Un récit qui va droit son chemin vers la réponse à l’unique question : mourra-t-il ?
Ce qui importe, c’est de savoir ce qu’est la justice, comment elle fonctionne, à quoi sert un avocat, pourquoi la peine de mort. C’est tout cela qui nous bouleverse dans ce beau livre, dur et sensible à la fois. Ne laissez plus passer, en tout cas pas ainsi, ce qu’on nomme par dérision peut-être la Justice des hommes.»
Pierre Viansson-Ponté, Le Monde, 3 octobre 1973.

 

« On ne plaide pas pour un mort. L’avocat d’un mort, c’est un homme qui se souvient, voilà tout »

 

Mon avis : J’ai tellement adoré si vous saviez. Je ne sais même pas par où commencer ! Premièrement, je conseillerai ce livre à n’importe qui, car on y apprend beaucoup. Sur les règles de procédure de notre système judiciaire, tout reste abordable sans forcément baigner là-dedans. Et puis, la comparaison qu’opère Badinter entre le droit de grâce du Président de la République, et le pouvoir de César à l’issue des combats de gladiateurs, qui de par son seul pouce, décidait de faire droit ou non aux revendications de morts des spectateurs. Cette comparaison, elle est juste parfaite. Elle m’a scotchée, sans blague.

Je sens que cette chronique va facilement partir en tout sens et n’avoir du coup, ni queue ni tête ! Mais lisez ce livre. Il peut facilement paraître ne plus être d’actualité, puisque la peine de mort n’est plus qu’un (pas si) lointain souvenir de l’histoire de France. Mais il y a tellement plus que ça dans ce témoignage. A commencer par la vision qu’a la société du crime, et surtout, du criminel. Lequel des deux doit-on éradiquer ? Les deux me diriez-vous ? Et bien, c’est là que Badinter vous stoppe : le crime est impardonnable, mais l’auteur n’est jamais plus qu’un homme. « On confond le crime et les criminels » et ce n’est pas en détruisant les seconds que l’on éradiquera le premier. Une autre comparaison parfaite à l’appui : isoler les lépreux n’a pas suffit à faire disparaître la lèpre.

En plus à côté des pensées de l’avocat Badinter, vous avez droit à de nombreux et riches monologues quelque peu poétiques de son mentor, sur l’idée qu’il se fait de la défense.

Nous ne savons que très peu de choses sur ce Bontems pour lequel Badinter et Lemaire se battent. C’est un détenu qui était promis à 20 ans de réclusion criminelle (je ne m’y attendais pas à ce moment-là, j’étais plus que ravie de cette heureuse coïncidence), mais jamais il ne nous sera précisé quel était son crime initial. Et il ne nous est pas utile de le savoir. Par contre, on apprend qu’il a participé à une prise d’otage au sein de la prison de Clairvaux, et qu’il est accusé d’avoir égorgé l’infirmière, le ministère public réclamera la peine capitale pour cela. On connait dès le prologue, l’issue qui lui est réservée. Pourtant, l’auteur tient à nous faire vivre le déroulement de ces mois de procédure et d’attente pour cet homme. On le vit avec lui, qui n’est que l’avocat, mais cela suffit déjà à nous faire sentir des émotions fortes. Je ne vous cacherai pas que j’ai versé ma larme sur les dernières pages. Pas tant pour la mort de Bontems, pour lequel il ne nous ait pas laissé suffisamment de pages et de mots pour s’attacher. C’est cette facette de la justice qui a eu raison de moi. Tout comme Robert Badinter s’est senti impuissant non pas face au verdict, mais face à la haine de hommes.

Avant de finir par tourner en rond à mes dépens, je le fais volontairement pour conclure ici mon avis : lisez L’exécution.

 

« Tu défends un homme qui a tué ou volé parce que c’est un homme d’abord, ou encore »

 

Ce que j’ai aimé relever : J’ai été fan du personnage de Badinter, et davantage de Maitre Philippe Lemaire sur la fin. La vision qui est présentée de la défense, lorsqu’on est avocat a trouvé un réel échos en moi. Ca me correspond autant que je suis certaine que ce ne sera pas ma voie. Etrange n’est-ce pas ? Je ne saurais me l’expliquer moi-même. Mais je suis reconnaissante à ma lecture de m’avoir ouvert les yeux sur le véritable côté humain de la profession, que j’avais tendance à me taire. Je laisse peut-être ça aux autres, mais je leur laisse avec toute mon admiration. J’espère ne jamais être loin de tout ça d’ailleurs, puisque j’aspire à la magistrature dans l’idéal. Juge d’application des peines, j’y tiens.

Le second accusé s’appelait Buffet. Et l’un de ses avocats était un certain Thierry Lévy. J’ai deux bouquins de cet auteur dans ma wishlist spéciale univers carcéral qui m’attendent depuis un bout de temps. Je ne crois pas au destin, mais j’adore ce genre d’hasards !

 

« Je connais les traits de la haine. Les hommes de ma génération ont souvent eu l’occasion de la rencontrer. Mais elle revêt son pire visage quand elle se pare du masque de la justice »

 

Quelques citations :

◊ Défendre, ce n’est pas aimer – ce n’est même pas comprendre celui que l’on défend.
◊ Le parloir, pour l’avocat, c’est la prison, le monde de la détention un instant entrevu. Pour le prisonnier, le parloir, c’est au contraire la prison un instant écartée, repoussée, le passage, la communication rétablie avec le monde du dehors.
◊ Puisque l’accusé est en théorie un homme comme les autres, pourquoi ne pas lui dire « Monsieur » ?
◊ Or rien n’est gagné en justice comme en amour, si celui qui vous écoute ne sent pas grandir en lui, parfois à sa surprise, parfois même en s’en défendant, la passion même qui anime celui qui plaide.
◊ Plaider, c’est bander. Convaincre, c’est jouir.
◊ Dans une justice par définition relative, il ne saurait y avoir place pour une peine irréversible.

 


•Ma note : 10/10•

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