Romain Gary (Emile Ajar) – La vie devant soi

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Je ne sais même pas comment débuter ce nouvel article tant la période de jachère a été longue ! Faisons simple, c’est toujours le mieux : hey guys, merci d’être encore là pour les plus persévérants.

 

La quatrième de couvertureEntre Madame Rosa et Momo, c’est un amour maternel qui ne passerait pas par les liens du sang, c’est l’amitié entre les peuples juif et arabe, c’est le poids de l’Histoire allégé par l’appétit de vivre. Le roman se passe à Belleville, vingtième arrondissement de Paris, sixième étage sans ascenseur. Momo a dix ans, peut-être quatorze en réalité. Cela fait beaucoup de chiffres pour un môme qui réinvente le dictionnaire et a le sens de la maxime :  » Je pense que pour vivre, il faut s’y prendre très jeune, parce qu’après on perd toute sa valeur et personne ne vous fera de cadeaux.  » Lisez, vous serez touchés par les mots de Momo.

 

 

« La première chose que je peux vous dire, c’est qu’on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu’elle portait sur elle et seulement deux jambes, c’était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines »

 

 

Mon avis : A la base, c’est La promesse de l’aube que je souhaitais lire. Vous y croyez vous qu’ils ne l’ont pas à ma médiathèque ? Non, en fait, je comprends pas pour quelle raison je m’étonne, il y a tellement de classiques manquants là-bas. Bref, je me suis rabattue sur celui-ci sans trop savoir où j’allais. Mais j’étais au courant de cette affaire de double prix Nobel (merci les cours de Culture G), et j’avoue, j’ai trouvé ça clairement badass. Donc j’ai voulu tenté.

Je ne sais pas trop quoi dire concrètement. Chouette lecture, vraiment. Le travail d’écriture est remarquable, j’imagine que ce ne doit pas être vident de s’exprimer comme un petit garçon de dix ans qui n’a eu pour seul apprentissage, celui du monde si particulier qui l’entoure. Et quel monde mes amis… On est partagé, à la fois désabusé par la vie bancale qui est offerte à Momo, mais également -et surtout- émerveillé par la solidarité régnante au sein de ce quartier modeste.

Momo conjugue tellement de facettes différentes voire opposées. Il est d’une curiosité qui le rend incroyablement mature sur certains sujets graves, alors même qu’on sait pertinemment qu’il ne maîtrise pas lesdits sujets. Il répète les mots qu’il a entendu un jour, et les ressort à sa sauce. On comprend toujours où il veut en venir, tout en souriant face à la syntaxe douteuse ou au non-sens de ses phrases. Allez, je ne résiste pas à l’envie de vous en glisser un  passage, là :

« J’enverrai les fils de putes et leurs mères dans des palaces de luxe à Nice où ils seraient à l’abri de la vie et pourraient devenir plus tard des chefs d’Etat en visite à Paris ou des membres de la majorité qui expriment leur soutien ou même des facteurs importants de la réussite »

 

Concernant ces sujets graves, il est possible d’en lister les principaux :

  • l’identité sexuelle, lorsque Momo parle de Madame Lola, la « travestite ». Bien que malheureusement éphémère, l’innocence des enfants est fabuleuse. En effet, Momo sait toute la bonté d’âme de Madame Lola, cet ancien boxeur Sénégalais, il sait la merveilleuse mère qu’elle ferait, si seulement elle n’avait pas eu affaire contre « les lois de la nature ».
  • la dignité au moment de la fin de vie, lorsque Momo est scandalisé qu’on refuse « d’avorter » Mme Rosa comme elle le demande simplement.
  • le multiculturalisme présent dans certains quartiers pauvres, où Momo sait pertinemment que chaque ethnie est différente et sera toujours traitée comme telle. Mais avant tout, il ne porte jamais de jugement sur cette différence : chacun fait comme il connaît, et rien n’a plus de valeur qu’une autre chose, un autre ailleurs. Les rites des voisins africains afin d’exorciser Mme Rosa ne choquent jamais Momo, lui ce qu’il espère du plus profond de son cœur, c’est un résultat, c’est tout.

Enfin, comment ne pas évoquer la relation qu’entretient Momo avec Mme Rosa. L’Arabe et la Juive. Ces deux-là s’aiment d’un amour profond, mais sans jamais vouloir se le montrer ouvertement. C’est si touchant que ça fend le cœur. Lisez, vous verrez.

 

Quelques citations :

◊ Les gens tiennent à la vie plus qu’à n’importe quoi, c’est même marrant quand on pense à toutes les belles choses qu’il y a dans le monde.
◊ Monsieur Hamil aussi, qui a lu Victor Hugo et qui a vécu plus que n’importe quel autre homme de son âge, quand il m’a expliqué en souriant que rien n’est blanc ou noir et que le blanc, c’est souvent le noir qui se cache et le noir, c’est parfois le blanc qui s’est fait avoir. 
◊ Je ne peux pas dire que je remonté en arrière et que j’ai vu ma mère, mais je me suis vu assis par terre et je voyais devant moi des jambes et des bottes jusqu’aux cuisses et une mini-jupe en cuir et j’ai fait un effort terrible pour lever les yeux et pour voir son visage, je savais que c’était ma mère mais c’était trop tard, les souvenirs ne peuvent pas lever les yeux.
◊ J’ai marqué ce jour-là d’une pierre blanche parce que c’était une jolie expression. 
◊ _Madame je suis persécuté sans être juif. Vous n’avez pas le monopole.
◊ La nuit j’ai eu froid, je me suis levé et je suis allé lui mettre une deuxième couverture. 

 


•Ma note : 8/10•

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