Aslı Erdoğan – Le bâtiment de pierre

 

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Pour ceux qui ne savent pas, j’ai quelques fixettes littéraires. La première, la plus évidente (désolée pour les déjà initiés à mon blog haha) : le monde carcéral. Mais également, depuis peu, la Turquie. Istanbul me fait rêver depuis bien longtemps, néanmoins, je ne m’étais jamais penchée dessus au travers de mes lectures. Puis j’ai voulu tenter le coup au travers du roman de Valérie Manteau (Prix Renaudot, messieurs dames). Pas déçue pour un sou, il y était notamment question de l’auteure Aslı Erdoğan lors de son procès. Le chouette monde de bookstagram m’a permise de découvrir que ladite turque avait écrit quelque chose concernant son enfermement (merci Tassa 😘). Turquie + prison + censure politique, le cocktail était plus que prometteur…

 

La quatrième de couverture

 Au coeur de l’onirisme, à la frontière du visible et de l’invisible, entre mémoire, rêve et cris, une femme se souvient du Bâtiment de pierre. Dans cette prison, des militants politiques, des intellectuels récalcitrants à la censure, des gosses des rues – petits voleurs de misère – se retrouvaient pris au piège.
De ce monde de terreur véritable, la narratrice de ce récit est pourtant revenue et sa voix, en une étrange élégie, se fait l’écho d’un ange, un homme qui s’est éteint dans cette prison en lui laissant ses yeux.
Ce livre est un chant dont la partition poétique autorise le motif en lui donnant parfois une douceur paradoxalement inconcevable. Un texte rare sur l’un des non-dits de la vie en Turquie.

 

« Les faits sont patents, discordants, grossiers… »

 

Mon avis 

Alors oui, c’est très onirique. On m’avait prévenue. Mais, à quelques exceptions près, tout est toujours clair. Non pas dans les propos en tant que tels, mais dans ce qu’ils souhaitent exprimer. Je comprends ce que l’auteure partage. Non, mieux, je crois avoir pu ressentir ce qu’elle transmet. Ca a du sens, et c’est étonnament.. beau. C’est profondément beau dans la violence décrite. On sait très bien que celle-ci est là, et qu’elle est dure.

Lorsque je n’étais plus sûre de voir où Aslı Erdoğan voulait en venir, ce que ces métaphores cherchaient à démontrer, je me suis simplement laisser à croire qu’elle avait juste besoin de faire sortir ce qu’elle avait sur le coeur. La douleur qu’a représenté pour elle cette incarcération -disons-le- injuste et totalement arbitraire. Cette lecture a été laborieuse, sans toutefois accorder un sens péjoratif à ce « laborieuse » : cette petite centaine de pages a exigé une semaine de concentration, parce qu’elle ne saurait être lu autrement.

En même temps que je rédige cette modeste chronique, je n’arrête pas les aller-retours sur le moteur de recherche, pour en savoir plus. Sur Aslı Erdoğan, sur la Turquie telle qu’elle devient sous l’autorité de Erdoğan (pas le même Erdoğan hein ! Ouais je sais, l’ironie des choses parfois, ça nous dépasse…). Bref : le prochain sur ma liste, sans aucun doute, sera Le Silence même n’est pas à toi qui est un recueil d’articles témoignant de la vie en Turquie, toujours par la plume de Aslı Erdoğan. Mais j’ai également très envie de découvrir Elif Shafak, avec Soufi, mon amour. Bon avant toute chose, je dois lire mon second emprunt turc, qui n’est rien moins qu’un roman du Nobel Orhan Pamuk ! Si vous avez des avis, ou des recommandations, je suis plus que preneuse !

 

Quelques citations 

◊ Bien sûr, vous ne me croyez pas. Vous pensez que ce bâtiment est issu de mon rêve ? Mais nos rêves ne sont-ils pas le levain de la pâte dont nous sommes pétris ?

◊ Soudain l’un d’eux s’est mis à chanter, d’une voix à peine audible. Une chanson dont l’air m’est familier, mais dont je ne comprends pas les paroles : peut-être sont-elles étrangères à l’univers des mots. 

◊ Et j’entendis soudain le chant de l’Homme, désemparé et somptueux, ce chant que nous connaissons tous , sans pouvoir y déceler notre propre voix.

◊ Nous n’avons pas rêvé, car nous étions depuis longtemps à court de rêves.

◊ Il avait l’impression qu’on lui avait volé non seulement son portefeuille, mais aussi les poches où ils pouvait glisser ses mains. 


•Ma note : 8,5/10•

 

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