Orhan Pamuk – Cette chose étrange en moi

 

 

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600 pages, ça fait pas rire. Surtout quand je suis à 3 jours de la deadline de la médiathèque, et qu’il m’en reste environs 400 à lire, hum hum… Je l’ai fait. J’en ai bouffé des pages, mais faut dire que je l’ai un peu cherché. J’ai fait durer cette lecture. J’ai récemment précisé mon attrait pour Istanbul et l’envie de découvrir son histoire. Ce roman du Nobel Orhan Pamuk me semblait être une belle entrée en matière. Pas déçue pour un sou, mais pas rassasiée non plus : je veux en savoir encore et toujours plus.

 

La quatrième de couverture

Comme tant d’autres, Mevlut a quitté son village d’Anatolie pour s’installer sur les collines qui bordent Istanbul. Il y vend de la boza, cette boisson fermentée traditionnelle prisée par les Turcs. Mais Istanbul s’étend, le raki détrône la boza, et pendant que ses amis agrandissent leurs maisons et se marient, Mevlut s’entête. Toute sa vie, il arpentera les rues comme marchand ambulant, point mobile et privilégié pour saisir un monde en transformation. Et même si ses projets de commerce n’aboutissent pas et que ses lettres d’amour ne semblent jamais parvenir à la bonne destinataire, il relèvera le défi de s’approprier cette existence qui est la sienne. En faisant résonner les voix de Mevlut et de ses amis, Orhan Pamuk décrit l’émergence, ces cinquante dernières années, de la fascinante mégapole qu’est Istanbul. Cette «chose étrange», c’est à la fois la ville et l’amour, l’histoire poignante d’un homme déterminé à être heureux.

 

« Voici l’histoire de Mevlut Karatas, vendeur de yaourt et de boza »

 

Mon avis

Je ne sais pas par où commencer, avec ma quinzaine de post-it qui n’attendent qu’à être retranscrits. Tout d’abord, la forme de narration : on ne sait pas trop qui il est, ni même son importance. Ponctuellement, il s’adresse au lecteur, comme pour lui donner des indications dans l’histoire qu’il raconte. Et au fur et à mesure de son récit, interviennent les propos de chacun des personnages, sur ce qui vient d’être dit. Tous s’expriment à un moment donné, sauf Mevlut, celui autour duquel tout tourne.

L’histoire est celle de Mevlut, de ses 8 ans à la cinquantaine passée. Jeune homme en retrait face à tout le monde, taxé de naïf, mais lui préfère se dire optimiste. Un homme respectable, mais qui s’évertue à faire comme tout le monde dans les apparences, alors que lui-même doute de la justesse de certains comportements (notamment à l’égard des épouses !). Il est un peu trop dans le paraître, en dépit de véritables réflexions intérieures, et d’une humilité sans borne.

Pour autant, Mevlut n’était pour moi qu’un prétexte. Sa vie me servait juste à aborder les évolutions urbaines, mais surtout politiques d’Istanbul. J’ai été servie pendant la moitié voire les trois quarts du bouquins. Notamment la guerre idéaliste que se menaient principalement les jeunes de gauches, largement communistes, et ceux de droites, clairement nationalistes et bientôt islamistes. Malheureusement, plus on avançait vers les années susceptibles de m’intéresser (fin des années 90 et influence du futur président Erdogan), moins il était question du contexte socio-politique turc. Il y a du bon dans mon malheur : ce n’est qu’à la fin de ma lecture que j’ai jeté un œil dans la chronologie annexée par l’auteur. Dans celle-ci, sont datés des évènements tels que les élections municipales de 1994 qui ont mené Erdogan à la tête d’Istanbul. Ca m’a éviter une frustration lorsque je me serai aperçue que ce fait était nullement abordé.

La relation que Mevlut entretient avec la ville, et surtout avec la vente ambulante demeure le fil rouge du bouquin. Istanbul a beau ne pas être sa ville natale, elle a beau avoir connu de profonds changements en quelques décennies, quoiqu’en disent Mevlut, il l’a dans la peau. Les préjugés qui veulent que, après l’élévation de centaines de grattes-ciel, plus personne n’achètera la boza au bozaci est fausse. La boza arrêtera de se vendre le jour où les marchands se résigneront à parcourir des rues pour la simple raison (erronée) que plus personne ne la leur achètera. Ca m’a touchée, véritablement. Ca ne s’explique pas. Lisez, vous verrez bien.

J’y ai appris beaucoup, pas assez à mon goût bien sûr, mais tant mieux : ça me donne l’occasion de découvrir d’autres romans de Pamuk, et d’autres auteur(e)s turc(que)s.

 

 

« En réalité, épouser quelqu’un qu’elle ne connaît pas est sûrement ce qu’il y a de plus facile pour une fille, parce que plus on connaît les hommes, plus c’est dur des les aimer, croyez-moi » 

 

 

Ce que j’ai aimé relever

Le boza est une boisson fermentée à base de céréales. Très populaire sous l’Empire ottoman, elle fut cependant interdite pendant un temps en raison de l’alcool qu’elle contenait, même en très faible quantité. #Wikipédia. Les stambouliotes préfèrent se voiler la face, et faire comme si aucun alcool ne s’y trouvait pour pouvoir continuer à en consommer sans difficulté. Le passage où la question de l’alcoolisation de la boza se pose, un turc affirme que, plus étonnamment, les cafés étaient fermés à une époque. Eh bien, grâce à mes cours de culture G je sais pourquoi ! (enfin, disons plutôt que je me souviens de la raison officieuse, mais pas de l’officielle : ) le café est le lieu où les hommes discutent. Notamment politique. C’est donc le lieu où les contestations du régime peuvent prendre leur source. Pas de café, pas de discussions politiques. CQFD.

Dans les années 60, les titres de propriété à Istanbul (qui était loin d’être la ville que nous connaissons aujourd’hui) s’obtenait comme suit : vous bornez un terrain, vous y construisez votre bâtisse, vous allez voir le maire, vous alignez l’argent, vous avez le titre. OKLM.

Je connaissais le pangermanisme, le panarabisme, mais j’ignorais l’existence du panturquisme.

Il est précisé qu’une des fille de Mevlut ne peut porter le voile lorsqu’elle se rend à l’université. A la base, la République turque possède dans sa Constitution des articles posant le principe de laïcité dans le pays. Ainsi, le port de signe religieux est interdit à l’université (ce qui n’est pas le cas pour les universités françaises). Ce principe perd de son poids à mesure des politiques empreintes d’islamisme du président Erdogan (dixit mon cours de droit public, laissez, c’est pour moi)

 

 

 

Quelques citations

◊ Mevlut aimait entendre les histoires de ces mères et de ces enfants qui passaient leur première nuit dans leur habitation stambouliote sans toit, aux murs et aux fenêtres pas terminés, où l’on disait avoir les étoiles pour couverture, et pour toit, le firmament.

◊ La politique avait quelque chose d’artificiel lorsqu’elle était poussée à son extrême.

◊ _ Comment vos regards se sont-ils croisés ? _ Comme quand tu te retrouves les yeux dans les yeux avec une personne, et que tu sens que tu passeras toute ta vie avec. 

◊ L’amour est une maladie. Le traitement d’urgence, tu as raison, c’est le mariage. Mais dès que la fièvre est retombée, les gens regrettent amèrement de devoir prendre à vie ce fade remède comme on prendrait de la quinine pour la typhoïde. 

◊ Avant de tuer les coupables, nos ancêtres les torturaient — c’est dans ce genre de moment que l’on comprend mieux l’importance des traditions.

◊ Si, en tant que civilisation, nous voulions rester fidèles à notre identité nationale, à notre pays et à nos croyances, nous devions d’abord apprendre à rester fidèles à nos mets et à nos boissons. 


•Ma note : 9/10•

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