Carol Rifka Brunt – Dites aux loups que je suis chez moi

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Je crois que ce roman fait partie des premiers que j’ai voulu découvrir grâce à bookstagram. A l’époque je ne suivais que peu de comptes littéraires, et c’était avec mon compte perso puisque @AdvienneQueLira n’existait pas encore. Je n’ai pas hésité à l’acheter cette année, au format poche et à une autre bookstagrammeuse.

 

La quatrième de couverture

Nous sommes au milieu des années 1980, aux États-Unis. June est une adolescente taciturne, écrasée par une sœur aînée histrionique et des parents aussi absents qu’ennuyeux. Depuis sa banlieue triste du New Jersey, elle rêve d’art et de son oncle Finn, un peintre new-yorkais reconnu. Mais Finn est très affaibli et meurt bientôt de cette maladie qu’on n’évoque qu’à demi-mot, le sida. Inconsolable, la jeune fille se lie d’amitié avec un homme étrange, Toby, qui se présente comme l’ami de Finn. Confrontée à l’incompréhension de son entourage, et à la réalité d’une maladie encore honteuse, June va brusquement basculer dans le monde des adultes et son hypocrisie.

 

« Cet après-midi-là, ma soeur Greta et moi étions chez notre oncle Finn pour qu’il fasse notre portrait, parce qu’il savait qu’il allait bientôt mourir. »

 

Mon avis

Ce roman m’a rappelé ce que j’aime dans mes lectures, sans forcément le chercher. A savoir : des histoires dont on n’attend aucun déroulement ou fin particulière, dont on se demande même si il y en aura une. Il s’agit juste d’embarquer dans la vie d’un personnage, pour une durée indéterminée. Une vie sans prétention mais porteuse de beaucoup de message. Ici, c’est par le prisme de la vie de June qu’on découvre l’amour, la jalousie et la cruauté, du monde, ou des autres. Le problème avec ce genre de romans, c’est que je les aime tout particulièrement, tout en étant totalement incapable d’expliquer pourquoi. L’alchimie se fait, voilà tout. Je vais essayer de vous exposer cela au mieux.

Tout d’abord, bien qu’elle soit faite à la troisième personne, la narration se fait à travers le regard de June. J’apprécie ce genre-là, encore faut-il que ça soit réussi.  Et c’est ici un travail tout à fait remarquable de l’autrice : chaque pensée est à la fois profonde, traduisant les interrogations d’une jeune fille poussée vers l’âge adulte malgré elle, tout en conservant des références liées à son jeune âge. Les comparaisons qu’elle est amenée à opérer sont d’autant plus touchantes de ce fait. Sa bizarrerie la rend parfois mignonne, mais certaines de ses réactions peuvent vous laisser quelque peu abasourdis. Au final, elle n’est qu’une jeune fille que l’on pousse tout à coup à grandir, en dévoilant les nombreux mensonges qui planent au sein de sa propre famille. Elle n’a même plus le droit de se reposer sur sa grande soeur (Greta de son petit nom. J’ai eu beaucoup de mal avec ce personnage. Non pas parce qu’elle m’agaçait au plus haut point, ça ce n’est pas forcément dérangeant dans une lecture, ce n’est jamais qu’un rôle attribué. En revanche, j’étais dérangée par son comportement qui ne reflétait aucun âge précis. J’avais du mal à suivre). Toujours est-il que leur lien est d’ailleurs l’un des fils rouges du roman, donc Greta a son importance.

Pour continuer avec le personnage de June, je me doutais que j’allais trouver ici une relation intergénérationnelle. Je trouve les amitiés entre un adulte et un plus ou moins grand enfant aussi fascinantes que saugrenues. Celle de June et Toby a le mérite de ne pas s’être faite en un jour, sortie de nulle part. C’est une amitié complexe, riche, ce qui la rend davantage réaliste à mes yeux. D’autant plus que c’est une relation qui n’est pas sans conséquence vis-à-vis de chacun des membres de la famille de June. Une amitié qui m’a profondément touchée en somme.

J’ai envie de continuer d’étaler ce qui m’a plu, mais je ne sais plus quoi présenter. Je ne mentais pas quand j’ai dit que je ne pouvais pas m’expliquer sur ce qui me plait tant dans ce genre de roman. L’essentiel, c’est qu’un message soit passé : j’ai beaucoup, beaucoup aimé ma lecture. Je vous conseille le livre sans vraiment le conseiller. Je ne le vois absolument pas comme une lecture indispensable, mais juste pour ce qu’il est je pense : une belle histoire.

[Pour tout vous avouer, l’émotion m’a prise à un passage bien précis, pour les curieux, je vous laisse surligner ce qui suit : j’ai craqué lorsque June rend visite à Tob à l’hôpital, qu’en entrant et le voyant physiquement affaibli, elle porte la main à sa bouche et ses yeux se remplissent de larmes. A ce moment-là, Toby lui dit simplement « Dehors. Recommence ». ]

 

Ce que j’ai aimé relever

L’esprit simple et efficace de June, concernant les personnages de la comédie musicale de South Pacific. Il y a deux histoires d’amour principales, et dans chacune, un homme et une femme qui refuse de vivre cet amour parce que l’autre partenaire n’a pas la peau assez blanche. Sa conclusion à elle ? Que ces deux-là se mettent ensemble, pour former le coupe parfait (de racistes).

La difficulté de la vie, le passage obligé de tous vers l’âge adulte : le choix de sa signature. Et surtout la préoccupation universelle : vais-je réussir à faire la même au prochain coup ?

On est en 1987, et c’est marrant de voir que June se bat contre sa mère pour conserver ses jupes de velours côtelées en refusant la mode des jeans/baskets, et qu’à cette même date, ma propre tante qui devait avoir le même âge, n’avait pas hésité à faire des petits boulots à droite à gauche dans le voisinage afin de s’offrir sa première paire de jeans. Elle le lavait tout le temps seule dans l’évier, pour être sûre de pouvoir le reporter le lendemain, en dépit des réprimandes de mon grand-père, pour qui il était inenvisageable qu’une fille puisse porter autre chose que des robes.

Le SIDA est un des thèmes en fond du roman. Sur les 500 pages, je n’ai souvenir que d’un affreux « sidaïque » et d’un « sidéen ». Information peu utile, je vous l’accorde, mais j’ai eu envie de la noter, alors autant vous la partager.

 

Quelques citations

En plus, il y a quelque chose de magique à marcher sur la neige vierge de toute trace de pas. Ca nous donne l’impression d’être exceptionnel, même si on sait qu’on ne l’est pas. 
Devenir une oeuvre d’art, c’est comme attraper une maladie. Tout à coup, vous devenez une espèce de spécimen dont on discute, qu’on analyse et au sujet duquel on fait toutes sortes de suppositions. 
Un portrait est une photo où quelqu’un choisit à quoi l’on va ressembler. 
J’ai réfléchi à tous les aspects de ma personne, de la tête aux pieds. C’était comme être forcée de lire les sections les plus ennuyeuses d’un catalogue de vente par correspondance. Comme feuilleter les pages d’accessoires pour salles de bains. Un esprit ennuyeux. Un visage banal. Aucun sex-appeal. Des mains malhabiles. 
Si avant je pensais que ce serait peut-être bien d’être fauconnière, j’en suis aujourd’hui convaincue, parce que je dois percer le secret de la profession. Je dois apprendre à faire revenir les choses vers moi, au lieu de toujours les voir s’envoler au loin. 

 


•Ma note : 9/10•

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