Edouard Louis – Qui a tué mon père

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Cela fait un moment que je voulais lire cet auteur, le côté autobiographique m’attire, et j’ai envie de lire ce qu’il a à raconter. Et puis j’adore le design des couverture des éditions Seuil (oui, ça m’arrive d’être d’une superficialité criante). Sauf que j’étais persuadée que c’était son premier bouquin que j’avais emprunté à la médiathèque, or… c’est le dernier.

 

La quatrième de couverture

L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique

(Typiquement le genre de quatrième dont je raffole !)

 

« Si ce texte était un texte de théâtre, c’est avec ces mots-là qu’il faudrait commencer : Un père et son fils sont à quelques mètres l’un de l’autre dans un grand espace, vaste et vide. »

 

Mon avis

Plus tard, j’aimerai que mes gosses, 1: soient en bonne santé ; 2: soient en bonne santé et épanouis ; 3: soient en bonne santé et épanouis et écrivains pour pondre des bouquins de comment ils ont vu la vie avec moi. Ca serait cool non ? Mais ça n’est pas à l’ordre du jour, donc je vais seulement vous parler de la relation entre Edouard Louis et son propre père.

Ce livre ne me semble pas être une lettre à coeur ouvert pour son géniteur. Seulement un rassemblement de souvenirs, pour expliquer à ses yeux, pourquoi son père est la personne qu’il est devenu aujourd’hui. C’est un récit court, que je n’arrive pas à qualifier d’intrusif, on baigne pas dans une espèce de curiosité malsaine. Ce sont juste les mots d’un homme qui décrit les choses telles qu’il les a vécues. Et c’est pour cette raison qu’on ne peut en aucun s’avancer à dire qu’il a tort dans ce qu’il dit concernant les hommes politiques qu’il prend le soin de citer nominativement. On peut rien redire là-dessus, car il est question de sentiments, de ressentis. Personne ne peut juger ce que quelqu’un d’autre éprouve. Vous pouvez démontrer par A+B que non, telle personne n’a pas fait telle chose. En revanche, vous ne pourrez jamais affirmer que non, telle personne n’a pas à ressentir tel sentiment d’injustice. La raison a ses limites.

Je me perds un peu là. Pour en revenir au récit, il ne m’a pas chamboulée ni révoltée outre mesure, mais il m’a plu. Et il me plairait de continuer à lire cet auteur (en commençant par ses premières publications déjà, ce serait pas mal…).

 

Ce que j’ai aimé relever

Je n’arrive pas à me faire une idée précise de l’homme qu’est son père. Je ne le souhaite pas non plus en vérité. Mais une petite part de moi-même est persuadée que c’est quelqu’un de bien, en raison d’un unique passage. Celui où son père affirme que, étant lui-même fils d’un homme violent, il ne frapperait jamais aucun de ses enfants (bon, notre petit Edouard s’en est pris des petites claques, faut pas se mentir). Comme à mon habitude, j’ai immédiatement fait un lien avec mon propre entourage. Pas pour la violence, heureusement, mon propre père a été plus chanceux de ce côté-là. Mais il a grandi au sein d’une famille italienne un peu stéréotypée : l’homme qui travaille la journée, pose les pieds sous la table en rentrant, est servi le premier à table… Pas de jugement inutile ici, je pose seulement le contexte. Avec un tel contexte, mon père, seul garçon, aurait pu devenir le même homme, avec les mêmes automatismes. Et pourtant, ce n’est pas ce choix de facilité qu’il a fait, il a tout simplement pris le total contre-pied de ce qu’il avait toujours vu. Je trouve ça admirable, car lorsque l’on est enfant, on se construit  travers les gestes de nos parents, et il faut une certaine intelligence et du courage pour se rendre compte que ce n’est pas l’idéal, et donc s’en affranchir. Si vous voulez d’autres psychanalyses de comptoirs du genre, je peux vous laisser ma carte de visite.

Les adultes ne se rendent compte de rien. Ils ne se mettent pas correctement à la place des autres. Se mettre à la place d’un autre, ce n’est pas « si c’est à moi que c’était arrivé », c’est « dans ce contexte, avec cette âge-là, cette sensibilité-là, quel impact ? ». Le père de Edouard a balancé un jour, devant des clients de café, qu’il aurait préféré un autre fils. Une phrase qu’il a du oublier deux jours après. Mais une phrase qui hantera à jamais l’enfant à qui elle était adressée.

 

Quelques citations

◊ Quand le mois de décembre commence, tu nous dis que tu as hâte que les fêtes soient terminées, passées, derrière nous, et je crois que tu fais semblant de haïr le bonheur pour te faire croire que si ta vie a les apparences d’une vie malheureuse, c’est toi qui l’as choisi, comme si tu voulais faire croire que tu avais le contrôle sur ton propre malheur, comme si tu voulais donner l’impression que si ta vie a été trop dure, c’est toi qui l’as voulu, par dégoût du plaisir, par détestation de la joie. 
◊ Tu avais honte parce que je te confrontais à la culture scolaire, celle qui t’avait exclu, qui n’avait pas voulu de toi. Où est l’histoire ? L’histoire qu’on enseignait à l’école n’était pas ton histoire à toi. On nous apprenait l’histoire du monde et tu étais tenu à l’écart du monde. 
◊ (Je parle de toi au passé parce que je ne te connais plus. Le présent serait un mensonge.)
◊ Pour les dominants, le plus souvent, la politique est une question esthétique : une manière de se penser, une manière de voir le monde, de construire sa personne. Pour nous, c’était vivre ou mourir. 

 


•Plaisir de lecture : 7,5/10•

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