Gabrielle Deydier – On ne naît pas grosse

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On l’a enfin ! Le premier bouquin du #varionsleséditions, lu et aimé. D’autant plus qu’avec On ne naît pas grosse j’ai fait un coup remarquable : j’entre dans deux challenges (oui, y’a le #Marsauféminin aussi !) et en plus c’est un essai et c’est un genre que je souhaite développer.

 

La quatrième de couverture

« Ce qui gêne tant les gens, c’est mon poids : 150 kg pour 1,53 m. Après avoir été méprisée pendant des années, j’ai décidé d’écrire pour ne plus m’excuser d’exister. De là est née cette enquête journalistique dans laquelle j’affronte mes tabous et mon passé, et où je décortique le traitement que la société – professionnels adeptes de la chirurgie de l’obésité, magazines féminins, employeurs –  réservent aujourd’hui aux grosses. »  

 

« Tu me dégoûtes, sale grosse. J’ai envie de vomir quand je te vois, biggie ! »

 

Mon avis

Cet incipit plante le décor. La grossophobie. C’est quand même chaud ce truc là quand on y pense. Comment peux-tu avoir peur d’une personne juste parce qu’elle a un poids particulier ? L’homophobie par exemple, j’y vois quelque chose de plus pervers et dangereux, c’est a dire le refus d’octroyer des droits a des gens qui ont une orientation sexuelle différente de la sienne. Mais l’obésité les gars. La personne elle demande pas plus de droits qu’un autre, on lui refuse donc tout simplement le droit d’exister. Point. Pour vous dire a quel point je trouve ça aberrant, c’est que cette phobie n’a pas plus de sens que ceux qui ont la phobie des bananes (je vous jure que ça existe, demandez a notre chanteuse Louane). Une banane. Ça n’attaque pas, aux dernières nouvelles (je bosse dans les bananiers actuellement et je peux vous le reconfirmer : c’est un être inoffensif). Pour moi, avoir peur d’une personne grosse est tout aussi con que d’avoir peur d’une banane. Tout ceci me dépasse, vraiment.

La lutte contre la grossophobie, ce n’est pas une simple histoire de contrôle des mots et des injures. C’est malheureusement beaucoup plus que ça, ce sont les discriminations à l’embauche, salariales, les difficultés voire l’impossibilité de trouver sa place dans une société qui voit l’obésité comme une tare dont l’individu est seul responsable. Responsable de son malheur, donc à lui de prendre sur lui et de se cacher. Personne ne s’en doute une seconde puisqu’il ne le vit pas, ou alors certains préfèrent encore ne pas savoir peut-être.

Cet essai m’a plu, dans la mesure où il met en lumière ce qu’il en est exactement dans notre monde, aux moyens de statistiques et d’études, appuyées par le cas bien spécifique de l’autrice. En effet, pour grossir le trait, disons qu’elle n’avait pas de revenus suffisants pour que les spécialistes lui fassent un véritable diagnostic sur la cause de son simple surpoids de l’époque. On part donc d’une erreur de diagnostique pour terminer sur une obésité morbide. Et une vie fichue en l’air par la même occasion. Dire que ça m’a révoltée est un triste euphémisme.

Aborder la chirurgie bariatrique (c’est-à-dire les façons de modifier la manière  dont les aliments sont absorbés par le système digestif) est à mon sens un passage obligé. J’avais quelques bribes d’informations à ce sujet, et ce que j’ai lu était bien plus effroyable : la dangerosité des opérations. L’autrice ne dénonce pas purement et simplement ces procédés, elle fait l’effort de rappeler qu’ils ne doivent pas être un automatisme mais une solution exceptionnelle, comme toute opération quelle qu’elle soit en principe. La dangerosité donc, mais parlons également des médecins de clinique on ne peut plus borderline sur les démarches préalables avant toute opération. Ils s’arrangent pas mal avec les conditions médicales que doit remplir le patient #rechercheduflouzàtoutprix. Révoltant je vous ai dit.

Bref, lisez ce court essai. Et en plus, l’autrice a réalisé un docu qui a été diffusé tout récemment si je ne dis pas de bêtise. Et histoire de trouver un petit riquiqui bémol à ma lecture, je dirai que la fin est un peu abrupte et pas assez approfondie quant aux conclusions que tire l’autrice de l’écriture de cet essai et de la question de son obésité. Du détail , je vous l’accorde.

 

 

Ce que j’ai aimé relever

L’autrice pointe le fait que l’IMC est initialement un indice de mesure de la corpulence des populations au fil du temps avant d’être détourné en un instrument de mesure des individus. J’ai pensé à ce que m’avait dit mon prof de culture G (oui, encore et toujours lui. Si je devais être rémunérée pour chacune des mentions faites, j’aurais plus besoin de travailler sur mes bananiers, croyez-moi !). Qui a eu cette idée con folle d’utiliser la balance pour peser.. l’homme. Parce que clairement, peser ses fruits pour les payer, sa farine pour réussir sa recette de gâteau, j’entends… Mais peser quelqu’un, qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Tu peux établir l’état de santé de la personne et l’éventuel risque lié à son poids sans le connaitre si précisément. Le pèse-personne est une aberration qui a naturellement trouvé sa place dans une société autant accès sur l’image et la superficialité.

J’ai été particulièrement marquée par la copine Amandine. Elle fait une apparition de 3 ou 4 lignes, elle est sûrement déjà oubliée pour la plupart des lecteurs de l’essai, mais pas moi. Car cette Amandine, elle représente un peu mon «  »handicap » » à moi. Amandine est émétophobe et se promène toujours avec des antivomitifs et du citrade de bétaïne sur elle. Ca m’a faite sourire, car j’ai (presque) dépassée ça, en tous cas je vis bien mieux avec ma phobie. Mais c’est la preuve qu’on a tous nos difficultés de vie, et généralement, incomprises par les autres. Ca va qu’on demande pas à être compris, mais juste accepter.

Il existe différentes formes d’obésité : celle dites gynoïde, associée le plus souvent aux femmes donc, qui se concentre sur le bas du corps ; celle androïde où c’est l’inverse, avec une concentration sur le haut du corps.

L’autrice est originaire de ma région, je connaissais tous les noms de bourgades et j’étais pas peu fière héhé.

 

Quelques citations 

◊ J’ai transformé mon enveloppe corporelle en tour d’observation pour tenter d’en faire un instrument de libération.
◊ Mais l’anorexie trouve un peu plus facilement sa place dans les journaux, sans doute parce qu’elle reste associée à l’idée de maîtrise de soi, plus valorisée que le laisser-aller auquel renvoie l’obésité. 

 


•Plaisir de lecture : 8/10•

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. J’ai peur que ce soit trop violent et révoltant pour moi ! Je ne suis pas sûr de supporter cette lecture sans pleurer de la cruauté des gens !

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    1. Je comprends ce que tu veux dire ! Après, l’autrice ne fait pas vraiment dans le pathos, elle relate les faits tels quels. Mais ça n’enlève en rien leur cruauté, en effet..

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  2. noemielit dit :

    Très belle mise en scène du livre ! Mais c’est vrai que je ne pense pas le lire, enfin je ne suis pas prête à lire de la violence par pour le moment. Même si se sont des faits, ils sont lourds et ont existé. Ce caractère réaliste doit être prenant

    Aimé par 1 personne

    1. Merci ! Oui en effet, je peux comprendre qu’on ne soit pas forcément prêt ou prête a lire ce genre de non-fiction 😔

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