René Barjavel – Ravage

Depuis que j’ai cessé d’affirmer bêtement que je n’aimais pas la SF, surtout après avoir lu entre autre, Des Fleurs pour Algernon, 1984, Le Meilleur des mondes et enfin Espace Lointain, je me suis dis que j’allais m’ouvrir aux pionniers de la matière en France. Un très bon ami à moi (coucou Vinsou) m’a parlé de Barjavel dont il avait pas mal aimé La Nuit des temps. Comme j’ai fait le choix d’avoir un minimum de personnalité, je l’ai copié mais en choisissant un autre titre. Ravage donc. Parce que j’ai une personnalité et parce qu’il était dans une boîte à livres. Ou plutôt SURTOUT parce qu’il était dans une boîte à livre.

La quatrième de couverture

De l’autre côté de la Seine une coulée de quintessence enflammée atteint, dans les sous-sols de la caserne de Chaillot, ancien Trocadéro, le dépôt de munitions et le laboratoire de recherches des poudres. Une formidable explosion entrouvre la colline. Des pans de murs, des colonnes, des rochers, des tonnes de débris montent au-dessus du fleuve, retombent sur la foule agenouillée qui râle son adoration et sa peur, fendent les crânes, arrachent les membres, brisent les os. Un énorme bloc de terre et de ciment aplatit d’un seul coup la moitié des fidèles de la paroisse du Gros-Caillou. En haut de la Tour, un jet de flammes arrache l’ostensoir des mains du prêtre épouvanté.

« François Deschamps soupira d’aise et déplia ses longues jambes sous la table. »

Mon avis

En dépit du fait que j’ai mis un mois et demi pour le terminer, et que je sois actuellement contrainte de relire les notes prises au fur et à mesure de ma lecture pour raviver quelques souvenirs, cette lecture n’a pas été atroce. Bon, c’est vrai que j’ai beaucoup râler à son sujet en story. Mais je râler davantage contre mon manque de dynamisme que contre le bouquin lui-même. Bien que le premier soit en principe lié au second…

Bref ! Je suis contente de l’avoir lu, alors même que je n’ai pas l’impression qu’il m’ait véritablement apporté quoique ce soit. Et que je l’ai trouvé particulièrement long à la moitié. Et que je l’ai carrément trouvé creepy pour le dernier quart.

Ce qui me marquera en revanche, c’est le traitement des personnages. Zero attachement, je ne me suis jamais aussi peu préoccupée du sort des mes petits bons hommes et bonnes femmes d’encre. Pour tout vous dire, je pense que l’attachement aux personnages, c’était clairement le cadet des soucis de l’auteur. Il avait besoin de personnages pour faire évoluer son intrigue et aboutir à un message (que je ne suis pas certaine d’avoir saisi, mais on garde ça pour plus tard). Alors quand ils trépassent les uns après les autres, on ne le vit pas si mal au final.

Mais juste pour le plaisir de me contredire, laissez-moi vous parler plus en détail de Blanche, personnage principal (de même que François). Au début, lorsqu’elle est encore un individu avec des désirs et qu’on savait ce qui se passait dans sa tête, elle s’interroge sur l’homme avec lequel faire sa vie. Le super-producteur dont-j’ai-oublié-le-nom-et-pour-lequel-je-ne-ferai-même-pas-l’effort-d’opérer-une-recherche-sur-Google ET François. En gros, elle ne veut pas épouser François, fils de paysan, ingénieur en devenir, car elle sait qu’il n’approuverait pas sa vie d’artiste à elle, et qu’il la voudrait femme au foyer, épouse de, et dépendante de lui. Soit, c’est bien ma fille. Mais d’un autre côté, elle craint aussi qu’avec François, elle ne connaisse jamais ou alors trop tard, le confort financier qu’il pourrait lui apporter. N’est-ce pas là chercher la dépendance ? A tout le moins financière ? Par conséquent, je me demande vraiment quel était le comportement attendu des femmes en 1943, pour que l’auteur en, arrive à ce qui, aujourd’hui, me semble être une véritable contradiction. Est-ce que cette réflexion était nécessaire ? Evidemment que non, je vous rappelle que les personnages sont sans importance dans ce roman. Mais j’aime bien parler, et donc écrire ce que je voudrais parler.

Ou alors. Ou alors, c’est juste moi qui suis totalement hermétique à l’écriture de l’auteur. Parce qu’en rédigeant cette chronique, je m’aperçois que, même lorsqu’il s’applique à décrire précisément et techniquement chaque engin futuriste, plutôt clairement qui plus est, rien à faire, avec mon imagination d’un bulot en état de mort cérébrale, je suis incapable d’en faire une représentation dans ma tête. Un dernier argument qui va dans le sens d’un dysfonctionnement entre mon cerveau et l’écriture du roman : les scènes de violences. Très nombreuses, on a une sorte d’apocalypse. J’ai trouvé ça super plat, tellement que ce n’était qu’après plusieurs lignes de lecture que je me rendais compte qu’on était au beau milieu d’un cataclysme. C’était si peu annoncé, que j’évaluais ces scènes un peu comme dans ces vieux films de saloon, où les bastons d’ivrognes étaient monnaie courante, et qu’à une table se traitait une affaire importante entre des gus peu recommandables, qui ne prêtaient aucune attention au bazar qui agitait le bar en arrière-plan. Si cette comparaison-là vous a paru claire, alors contactez-moi immédiatement, c’est qu’on partage le même genre de cerveau et qu’il y a une association de bulots à monter là.

Ce que j’ai aimé relever

C’est d’époque, avec un contexte encore marqué par le colonialisme français, je sais. Cela n’empêche pas de pointer du doigts des phrases qui me choquent, au contraire, ça devrait vous rassurer. Si je n’avais pas tiqué, c’est que j’étais moi aussi bloquée en 1943, et sans vous mentir, même moi je trouverai ça flippant. Outre la représentation en générale d’une personne noire dans ce bouquin, je voudrai revenir sur celle qui dit précisément d’un chef qu’il était de « pure race », avec les détails physiques quant à certaines parties du visage. Le paragraphe se conclut sur un « mais » fatal : « mais ses yeux brillaient d’une intelligence exceptionnelle ». C’est cadeau, vraiment.

Y’a un truc que j’ai adoré, un truc tellement peu significatif je le conçois : dans ce monde hyper-technologique, les morts n’étaient plus bêtement enterrés ou incinérés, on les plaçait dans une pièce de la maison prévu à cet effet, dans une scène du quotidien. Un musée Grévin à domicile, par -40°C. Déjà, rien que ça, ça en jette. Donc quand toutes les technologies s’effondrent et abandonnent les Hommes, j’ai bien apprécié la réflexion d’un Docteur qui soulignait une chose : il alerte que la population française touchée, est celle de 150 millions. Pour moitié vivante, pour moitié gelée dans les maisons. « Or si l’électricité ne revient pas, nos morts vont mettre les vivants à la porte. » J’adore.

Quelques citations

A la camaraderie, à la tendresse protectrice de grand frère pour une sœur espiègle, s’était ajouté, sans les détruire, un amour très puissant d’homme solide pour la femme adorable qu’elle était devenue.

La puanteur uniforme de la mort avait remplacé, dans la capitale, les odeurs multiples de la vie.

Dans un grand nombre de cas, le choc [électrique] rendait la mémoire aux amnésiques, l’optimisme aux déprimés, la modestie aux mégalomanes, la modération aux érotomanes, et, à tous, cette façon particulière de considérer l’univers que les hommes nomment la raison.

Elle avait bien reconnu ce cri pareil que poussent toutes les mères quand elles se partagent pour que la vie continue. Elle-même avait eu trois enfants.

Mon plaisir de lecture : 6/10

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