Serge Joncour – Nature Humaine

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J’ai acheté ce roman au point relay de ma gare dans laquelle j’étais beaucoup trop en avance, comme d’hab. Je tente le diable, clairement. D’autant plus que je lorgnais sur ce bouquin depuis plusieurs semaines déjà. J’ai donc craqué. Pas de regrets, si ce n’est mon impatience : j’aurai pas craché sur un achat une fois la parution poche (et mon portefeuille aurait préféré également).

La quatrième de couverture

La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois soeurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. A qui la faute ? Dans ce grand roman de « la nature humaine » , Serge Joncour orchestre presque trente ans d’histoire nationale où se répondent jusqu’au vertige les progrès, les luttes, la vie politique et les catastrophes successives qui ont jalonné la fin du XXe siècle, percutant de plein fouet une famille française. En offrant à notre monde contemporain la radiographie complexe de son enfance, il nous instruit magnifiquement sur notre humanité en péril. A moins que la nature ne vienne reprendre certains de ses droits…

Mon avis

C’était un bouquin que je m’attendais à aimer, au regard des thèmes abordés et qui correspondaient en TOUS points à ce que j’ai envie de lire en ce moment. Et ça a été le cas. J’avais beau savoir que j’allais être emballée, je savais aussi que ça ne serait pas une lecture que j’étiquette ici comme « uppercut ». Parce que cette étiquette porte bien son nom : ce sont ces lectures qui me remuent profondément. Ce que je n’attendais pas de Nature Humaine, j’avais juste besoin qu’on me parle de l’évolution de la société française et plus précisément de l’agriculture, et j’en ai eu pour mon argent (façon de parler, étant donné que, pour rappel, j’aurais nettement préféré un PCOHE).

Alors laisse-moi vous présenter pourquoi c’était une excellente lecture : déjà l’écriture de l’auteur. Auteur que je sais connu, mais que je n’avais jamais lu. Et je pense pas lire autre chose de lui, sauf à ce qu’il traite à nouveau des thèmes qui m’intéressent comme ceux-là. Car une écriture agréable, c’est cool, mais c’est pas vraiment mon but dans ma vie de lectrice (sauf à être aussi poétique que le duo Johannin. Et encore que, c’était davantage du personnage poétique de Nino que j’étais tombée amoureuse, que de l’écriture en elle-même. Mais stop, je m’écarte de mon sujet là. Une écriture très agréable donc, rien de compliqué ni d’alambiqué, mais avec ce qu’il faut de technicité. Tout en restant fluide. Bref, un bon point là dessus.

Le plus gros point positif reste les sujets abordés, et la façon dont ils le sont. On suit Alexandre, fils et petit-fils de fermier. En fin d’adolescence, dans les 70’s, et jusqu’à l’entrée du XXè. Ils évoluent dans un monde qu’il tient à distance, avec tous les évènements majeurs qui s’y sont déroulés : les élections de 1981, Tchernobyl, la chute du Mur de Berlin… Et je me suis régalée à vivre ainsi ces évènements qui ne m’ont pas vu naître. J’ai aimé les découvrir de si loin, comme Alexandre depuis sa ferme du Sud-Ouest. Il n’était pas au coeur de l’Histoire, mais elle fait indéniablement partie de son histoire.

Et même sa petite histoire à lui, elle m’a prise au jeu. J’ai fini par totalement m’attacher à Alexandre. Cet univers qui lui semble si lointain, cette mondialisation qu’il s’estime incapable d’appréhender, n’aura de cesse de le rappeler à l’ordre. Dans sa relation avec Constanze, Allemande de RDA, mais surtout dans l’évolution de l’agriculture en France et donc de l’exploitation de ses parents qui lui est destinée. Ca m’a réellement passionné car de nombreuses problématiques faisaient écho à mes études actuelles en droit rural. Sans parler de la vie étudiante de la soeur Caroline à Toulouse, qui aurait pu être la mienne s’il n’y avait pas eu de truc bien chiant comme la Covid, mais je m’égare de nouveau.

Alors que dire en résumé ? Lisez ce livre, oui, si comme moi, les thématiques vous plaisent. Si vous aimez ces émissions nostalgiques qui nous font revenir sur des évènements marquants, vous savez ce truc qui passait un temps à la TV, présenté par Laurence Boccolini. Ca s’appelait tout bêtement « Fan des années 80 » (puis y’a eu la variante 70, 90, 2000, j’étais là à chaque RDV, passionnée).

En fait non, lisez-le aussi pour vous posez des questions qui ne vous avaient peut-être jamais effleuré l’esprit. Car l’agriculture, c’est tout un pan de l’histoire française, c’est le lien très étroit avec notre avenir, et le modèle de planète qu’on souhaite.

Ce que j’ai aimé relever

Mettre des poissons rouges dans les auges à vaches. Pour qu’ils empêchent la prolifération d’algues et de larves de moustiques. Et la remarque plutôt pertinente du vieux de la vieille, Crayssac : les vaches n’ont jamais bouffer ces poissons à porter de gueule. Alors leur donner de la farine animale, on s’attendait à quoi ?

Alexandre n’est pas l’enfant ainé de la fratrie de 4. Il y a Caroline avant lui. Et pourtant, ça parait évident à tous que c’est forcément lui qui reprendra la ferme familiale. Ca lui donne un statut de privilégié, autant que ça peut lui desservir car contrairement à ses soeurs, il n’a jamais pu choisir. Tout le monde compte sur lui, c’est comme ça.

Le premier McDo dans le Sud de la France a été ouvert à Toulouse. Et le premier tout court, à Strasbourg. Cette deuxième info, je l’ai choppé sur Wikipédia, en vérifiant la première. Que je n’ai pas pu confirmer d’ailleurs.

Quelques citations

_ Eh bien, on pompera dans la rivière. Elle est bien à nous, la rivière.

_ La rivière, oui, mais pas l’eau.

Chacun [des candidats à la présidentielle] puisait sa force au sein d’une terre d’origine, signe que la terre, c’était bien de là qu’un Président tirait sa force et sa légitimité, pour être élu il devait d’abord valider sa parcelle d’humanité faite de la même argile que le peuple, de la même terre. Plus les hommes politiques devenaient citadins, et plus ils prétendaient être de la campagne. 

Je vais te dire, tout ce que les Anglais savent d’une vache, c’est que ça a quatre pattes, sinon ils n’y connaissent rien, à part que ça se vend au poids… Et chez eux, une livre ça vaut aussi bien pour le poids que pour le pognon, c’est pour ça qu’ils mélangent tout. 

Ce beau-frère apparemment costaud, en fin de compte il était fragile, mille fois plus fragile qu’il n’en avait l’air, et totalement seul, jamais il ne ferait le poids face à des centaines de tonnes de béton et de bitume, il ne pèserait rien face à l’Etat, un Etat qui décide de là où il fait passer ses routes, un Etat impitoyable sur ces questions-là , expropriant à tour de bras et sans réserve aucune, derrière toute autoroute il y avait des milliers de drames, de regrets et d’histoires d’expropriations. 


•Plaisir de lecture : 9/10•

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