Charlotte Brontë – Jane Eyre

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Allez, je poste cet article et je file me mater le film ! Et j’arrête de dire que j’aime pas les romans non contemporains. En tous cas, je les aime quand ils sont édités sous ce merveilleux format, en témoigne le petit dernier que je viens d’acheter (Persuasion de Jane Austen). 

 

La quatrième de couverture

Orpheline, Jane Eyre est recueillie à contrecœur par une tante qui la traite durement et dont les enfants rudoient leur cousine. Placée ensuite en pension, elle y reste jusqu’à l’âge de dix-huit ans. Elle devient alors gouvernante pour le noble M. Rochester, dont elle tombe bientôt amoureuse, mais les obstacles seront nombreux.

 

« Impossible de se promener ce jour-là. Certes, nous avions passé une heure de la matinée à errer entre les buissons du massif d’arbustes dépouillés de feuilles, mais depuis le repas (quand elle ne recevait pas, Mrs. Reed déjeunait tôt) le vent d’hiver coupant avait apporté avec lui des nuages si noirs et une pluie si pénétrante qu’il était maintenant hors de question de sortir à nouveau. »

 

Mon avis

Je l’aime bien notre petite Janet. J’ai aimé qu’elle s’adresse directement à moi. Oui, le « lecteur » à qui elle s’adresse, c’est moi. J’accepte de mettre de côté ma part de féminité juste pour elle, car j’étais pendue à son histoire. Je ne vais pas dire qu’à un moment donné, son histoire ne m’a pas un poil ennuyée. Elle m’a ennuyée, le temps de 3-4 jours d’errance. Et je jetais de rapides coup d’œil quelques pages plus loin, pour gérer mon impatience et voir quand apparaitrait de nouveau ce nom qu’il me tardait de revoir. 

Sacrée petit bout de femme. Impossible pour moi de l’imaginer si peu mignonne que ce qu’elle y est décrit, surtout avec les sublimes illustrations que j’avais sous les yeux. De toutes façons, pour moi, la beauté, c’est quelque chose de beaucoup trop subjectif. Du moment que quelqu’un m’apparait comme une personne bien, je vais trouver cette personne belle. Alors que ce soit elle ou M. Rochester, je n’ai jamais pu m’imaginer autre chose que de la beauté. 

Et puis, ce n’est pas le physique des personnages qui me marquera. Non, mille fois non. Pas quand on a droit aux punchlines de Jane Eyre. Un régal cette répartie. Sans jamais aucune violence, condescendance. Toujours avec humour et bienveillance. C’est 100% validé ça, on devrait tous avoir une Jane Eyre dans son entourage, pour les jours où l’on devient trop têtu, ou exécrable sans raison. Elle nous remettrait fissa dans le droit chemin. On est vraiment pas dans le schéma de la petite gamine innocente, qui se torture l’esprit de savoir pourquoi l’homme de la maison la bat froid. Pas de jérémiades de type quiproquo « ohlala mais j’ai forcément dû faire quelque chose qui l’a contrarié, je m’en veux, c’est horrible, gnagnagnaaaa ». Non, Jane, quand elle voit son maître qui fait la tronche, elle est plutôt du genre « attendons qu’il pète un coup et ça ira mieux ». Imperturbable et dieu merci, ça nous change. 

Elle a réussi à balayer les craintes que j’avais à son égard : son affection pour le premier homme qu’elle est amenée à côtoyer. Je me suis dit, mouais, elle a jamais vu que des femmes toutes sa vie, donc faudrait pas qu’elle se fasse de fausses idées sur ce premier émoi. Oui il y a vraiment premier émoi rapidement, mais elle me donnera tort tout de même par la suite. Bien joué Janet. 

Allez, un défaut, pour finir. Pas un défaut de Jane Eyre, des fois que vous auriez un doute, elle est ma bookgirlfriend attitrée. Non le seul hic, c’est qu’à partir de la moitié du bouquin, allez savoir pourquoi, les dialogues sont sous la forme indirecte MAIS avec une typo de dialogue direct. Du genre des guillemets, le tiret, mais une tournure du genre… genre j’ai rien sous la main et j’arrive pas à retrouver, mais je vous assure que c’était agaçant. Vous n’avez pas d’autre choix que de me croire. 

 

Ce que j’ai aimé relever

Pour continuer dans l’adoration en faveur de Jane Eyre, elle est également d’une sagesse incroyable. Disons du moins que l’autrice savait  retranscrire avec justesse les pensées qu’on a tous eu enfant. Je vous renvoie aux premières citations listées plus bas dans l’article. 

Ses introspections mettent en scène ses émotions, ainsi on a pu faire la connaissance de Souvenir, Raison, Espoir, Sentiment… J’adore, c’est exagérément imagé et ça passe d’autant mieux avec moi. 

 

Quelques citations 

◊ Les enfants peuvent sentir mais ne peuvent pas analyser leurs sentiments, et si l’analyse se fait partiellement par la pensée, ils ne savent pas mettre en mots le résultat de ce processus. 

◊ Je suis aujourd’hui intriguée quand je me souviens de la sincérité ridicule avec laquelle je chérissais ce petit jouet, m’imaginant à moitié que cette poupée était vivante et capable de sensations. Je ne pouvais pas m’endormir si elle n’était pas entourée de ma chemise de nuit et, quand elle s’y trouvait protégée et bien au chaud, j’étais relativement heureuse parce que je la croyais heureuse elle aussi.

◊ Il est vain de dire que les êtres humains devraient se satisfaire de la tranquillité, il leur faut de l’action et s’ils ne peuvent la trouver, ils la créeront.

◊ On suppose généralement que les femmes sont très calmes, mais les femmes ont des sentiments tout comme les hommes ; elles éprouvent le besoin d’exercer leurs facultés, le besoin de disposer d’un champ d’action où appliquer leurs efforts tout autant que leurs frères ; elles souffrent des contraintes trop rigides, d’une stagnation trop absolue, exactement comme souffriraient les hommes, et c’est étroitesse d’esprit chez leurs semblables jouissant de privilèges de dire qu’elles devraient se limiter à confectionner des desserts ou à tricoter des bas, à jouer du piano et à broder des réticules. il est insensé de les condamner ou de les moquer si elles cherchent à en faire plus ou à en savoir plus que ce que la coutume a décrété nécessaire à leur sexe.

◊ J’avais un respect et une vénération tout théoriques pour la beauté, l’élégance, la galanterie, le don de fasciner les femmes ; mais si j’avais rencontré ces qualités incarnées dans une forme masculine, j’aurai su d’instinct qu’elles n’éveillaient et ne sauraient éveiller aucune sympathie chez moi, et je m’en serais écartée comme on s’écarte du feu, de la foudre ou de tout ce qui est brillant mais antipathique. 

◊ On dit que le génie aime à poser. Je ne saurais dire si Miss Ingram était un génie, mais elle posait…

◊ Comme ses soeurs, Lord Ingram est très grand. Comme elles également, il est beau, mais il a, comme Mary, l’air apathique et indifférent ; il semble avoir plus de longueur de membre que d’animation dans le sang ou de vigueur dans la cervelle. 

◊ _ Quel genre de relations préférez-vous observer ?

_ Oh, je n’ai guère le choix ! Elles n’ont généralement qu’un seul thème, la séduction, et promettent de se terminer par la même catastrophe, le mariage. 

◊ Je souhaitais être faible afin d’éviter de connaître de nouvelles souffrances qui, je le voyais, m’attendaient ; et la Conscience devenue tyrannique prenait la Passion à la gorge et lui adressait des reproches plein de mépris, lui disant qu’elle avait jusque-là seulement effleuré la fange du bout de son pied délicat et elle jurait qu’avec son bras de fer elle la plongerait dans des gouffres insondables d’angoisse. 

◊ _ Est-ce que je suis affreux, Jane ? 

_ Tout à fait, monsieur. Mais ce n’est pas nouveau, vous le savez. 

_ Hum ! On ne vous a pas extirpé votre méchanceté, où que vous ayez vécu.

 


•Plaisir de lecture : 8,5/10•

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