Capucine & Simon Johannin – Nino dans la nuit

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Mon premier roman reçu dans le cadre de l’abonnement à la Kube. Je pense qu’il répondait à l’une de mes préférences livresques qui était « un bouquin dont on n’a pas forcément entendu parlé ». Pour Nino dans la nuit, c’est vraiment à tort, et j’espère pouvoir vous en convaincre.

 

La quatrième de couverture

Paradis ? (c’est véritablement ce qu’il y a au dos. C’est le tout premier mot du roman. La toute première phrase, l’incipit. Ce que je lis toujours avant de choisir un livre. Ce que je retrace dans chacun de mes articles. Si ça, c’était pas un signe…)

Résumé éditeur :

Truffée de dialogues truculents, l’écriture pleine de vivacité de ce roman plante à la perfection ses personnages. Nino, dix-neuf ans, raconte ses galères pour survivre sans argent à Paris. Amoureux de Lale, il voit son couple menacé par la pauvreté, contre laquelle il essaie coûte que coûte de lutter sans perdre sa volonté de vivre. C’est une vie de débrouille ponctuée de fêtes, celle d’une jeunesse qui cumule les petits boulots et les trafics en tout genre. Les réflexions et observations pleines d’acuité de Nino sur ce qui l’entoure esquissent le portrait d’une génération qui tente de trouver sa place dans un monde où il n’y en a plus, d’envisager un avenir. Contre l’accablement, la fureur de vivre anime les personnages de cette fresque nocturne mouvementée, fidèle à notre époque.

 

 

« Paradis ? Nino Paradis ? Bordel c’est qui ta mère, Amélie Poulain ? »

 

 

Mon avis

Est-ce que j’ose commencer en parlant de la qualité de l’objet livre ? Allez, faisons comme ça, faire durer le suspense ça peut avoir du bon aussi. Les éditions Allia que je ne connaissais pas m’ont permis d’avoir le plus beau livre que je n’ai jamais eu. OK il est d’une sobriété affligeante. Mais le minimalisme ça me botte. Et puis, il y a ce qui ne se voit pas sur la photo aussi. La texture solide de la couverture, le format compact du tout, à l’image d’un robuste carnet, dans lequel j’ai envie d’écrire avec mes tripes. Ouaip. Tout ça juste en prenant en main le bouquin. Et maintenant, laissez moi vous dire à quel point le contenu s’est révélé à la hauteur du contenant.

Quel roman. Je suis tombée amoureuse de Nino Paradis je crois. Non, en fait c’est sur et certain. On a beau nous le décrire belle-gueule d’un bon mètre quatre-vingt cinq, dans ma tête, c’était un bout d’homme vaillant mais qu’on avait pourtant envie de protéger à son tour. Nino est un poète de rue, il s’en doute probablement pas une seconde, il n’a juste d’yeux que pour Lale, sa petite amie. Sa loyauté envers elle et envers ses amis est éblouissante, mais dans tout beau tableau, il y a une part d’ombre. Alors dans le milieu de la banlieue dans lequel il évolue tant bien que mal, il y a toujours la drogue, douce ou dure. Prête à lui faire atteindre le point de non-retour, elle s’empare de lui et de toute sa lucidité. Les erreurs qu’il pourrait alors commettre, on a du mal à les lui reprocher, ce n’est juste plus lui. Pour autant, la drogue n’est pas le véritable problème dans la vie de Nino, elle fait seulement partie du décor. Le seul problème, c’est le fric. Celui grâce auquel il pourra enfin s’offrir une vie correcte, pour lui et pour Lale. Tout le roman tourne autour de ça. Et si le cœur de Nino nous prouve que l’argent n’est pas le bonheur, il reste cependant le meilleur des remparts au malheur. Une belle ascension attend Nino, après avoir touché le fond à plusieurs reprises. Jusqu’au bout le rêve semble possible. Jusqu’au dernier événement. Celui qui fera comprendre et dire à Nino que Trouver une place ici n’a plus d’importance, celle qui nous attend sera au premier rang des enfers. 

J’ai refermé le roman en ne sachant trop quoi souhaiter pour Nino. Qu’il continue de se battre avec ses valeurs, qui, pour un petit voleur et camé à ses heures, sont toutes plus honorables les unes que les autres. L’environnement, le racisme, le sexisme, l’aide à son prochain (bon OK, en l’occurrence, il s’agissait de filer de la weed pour la mère d’un ami qui souffre d’Alzheimer et qui a de nuits très agitées. N’empêche qu’il a mis du cœur à l’ouvrage pour réaliser soigneusement des petits sachets de tisanes miracles). Je pense que la nouvelle et triste quête dans laquelle il s’embarque à la fin ne pourra se faire sans l’appui de ces principes qui l’ont façonné. Alors, peut-être que je ne souhaiterai qu’une chose : qu’il ne cesse jamais d’être ce poète des rues, cet amoureux transi qui donnerait tout pour celle qu’il aime. (je vais éviter de me relire, je sens que je suis d’une mièvrerie sans nom, mais que voulez-vous, c’est l’effet Nino Paradis).

Si des fois vous aviez des doutes, j’ai adoré. Je crois même qu’il s’agit là de ma meilleure lecture de l’année 2020. Rien de moins que ça.

 

Ce que j’ai aimé relever

Le roman débute lors des sélections pour entrer à la légion étrangère. Je souris, comme si je savais très bien de quoi il en retourne. Alors qu’en fait, pour moi c’est le même flou que lorsqu’on me parle de franc-maçonnerie ou encore lorsqu’on me dit « je suis dans le commerce ».

 

 

Quelques citations

◊ Ce connard a essayé de faire une phrase plus longue que son cerveau.

◊ Ici ça fait rêver le monde mais un type en fauteuil peut même pas sortir au Louvre, la Joconde aux valides et les Invalides aussi. 

◊ Sous la fine peau qui t’habille je sais que le sang court trop vite, je sais que là où une fille sans entrave ne met qu’un battement du coeur, toi tu dois en payer deux. 

◊ C’est pas qu’elle m’aime pas, c’est juste que pour elle, toi et moi c’est du gâchis, et le côté qui gâche, il s’appelle Nino. 

◊ Pourtant d’habitude j’aime pas trop ça quand on me touche quand c’est pas toi, mais c’est Charlie. Il est tellement triste qu’il rigole tout le temps. Petit corps d’adolescent pour contenir toute la peine d’un massacré. 

◊ Lale petit soleil de cendres, je voudrais arriver à te dire les mêmes mots que quand je te parle dans ma tête.

◊ Je fais mes courses comme tout le monde, un truc à la caisse et le reste caché sous le sourire. 

◊ _ Elle a un plan pour faire du service ailleurs, un truc de sandwich je crois. Mais sur le long terme, franchement à part s’aimer je vois vraiment pas ce qu’on peut faire.

_ Et alors, c’est déjà ça non. C’est quand même plus important que le reste non ?

_ Ouais, seulement sans le reste t’as beau t’aimer, tu règles pas les problèmes.

_ Au moins tu sais pour quoi tu cours.

◊ _ T’en fais pas trop, vous êtes pas débiles et vous êtes beaux comme des coeurs, avec un peu de chance ça devrait bien se passer. 

_ Avec un oeu de chance… Tu m’appelles si tu la vois passer cette salope. 

◊ Le doc t’a filé des cachets, t’es défoncée toute la journée. T’as mis le sèche-ccheveux au frigo, t’oublies les choses et ta tristesse est tellement triste que t’en rigoles d’un rire qui en moi tue plein de choses. 

◊ J’attends qu’on nous rende ce qu’on nous a pas encore donné, l’opportunité de mettre un pied dans l’existence.

 


•Plaisir de lecture : 10/10•

 

 

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